Affaire des primes : Claude Guéant sera jugé

  • A
  • A
Affaire des primes : Claude Guéant sera jugé
@ AFP
Partagez sur :

L'ancien ministre de l'Intérieur sera jugé par un tribunal pour avoir perçu de l’argent liquide provenant des frais d’enquête et de surveillance de la police entre 2002 et 2004. Il risque jusqu’à dix ans de prison.

Claude Guéant sera jugé dans l'affaire des primes d'enquête. Le parquet national financier a annoncé mardi sa décision de renvoyer l'ancien ministre de l'Intérieur devant un tribunal correctionnel, révèle le Monde mercredi. Selon les informations recueillies par Europe 1, l'ex-ministre est cité à comparaître pour "complicité et recel de détournement de fonds publics par ordre et instruction". 

L’ex-préfet de police de Paris Michel Gaudin, qui est aujourd’hui directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy, et trois autres préfets, ex-membres de l'ex-cabinet de l'ancien président sont également cités directement devant le tribunal : Daniel Canepa, Michel Camux et Gérard Moisselin. 

10.000 euros mensuels. L’enquête a établi que 10.000 euros mensuels ont été "remis" à Claude Guéant de mai 2002 à l’été 2004, à l’époque où il était directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Le rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) et de la police des polices (IGPN), rendu public en juin 2013, notait le "flou de la base juridique" entourant cet argent.

Ces primes d’argent liquide, illégalement piochées dans les "frais d’enquêtes et de surveillance" destinés à la police pour payer ses indics, servaient à compléter la rémunération de plusieurs membres du cabinet du ministre. Or, cette pratique était interdite par une note signée en février 1998 par le directeur général de la police (DGPN), un certain… Claude Guéant. Les primes de cabinet avaient par ailleurs été abolies par le gouvernement Jospin le 1er janvier 2002. 

Michel Gaudin aussi. Le parquet national financier a également décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel l’actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Michel Gaudin. Il était lui même patron de la police nationale (DGPN) à l’époque des faits et était, à ce titre, chargé des fonds ayant servi à verser ces primes. C’est la première fois que deux anciens hauts responsables de la police, placés en garde à vue en décembre 2013, vont ainsi se retrouver sur le banc des prévenus. Poursuivis pour "détournement de fonds publics", ils risquent en théorie jusqu’à dix ans de prison.

Perquisition fatale. En investissant le domicile de Claude Guéant en février 2013, les juges d’instruction qui enquêtent sur le financement libyen présumé de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, avaient découvert des factures payées en espèces pour un montant de près de 50.000 euros. L'ancien ministre de l'Intérieur avait alors expliqué que cet argent liquide provenait de ces fameuses primes de cabinet, entraînant ainsi l’ouverture d’une nouvelle enquête et six mois plus tard, la réforme de ce système de primes.

Après cette perquisition, celui que la presse surnommait le "cardinal" avait aussi dû justifier le versement, depuis l'étranger, de 500.000 euros sur son compte en 2008. Mais sa version - la cession de deux huiles d'un peintre flamand à un avocat malaisien - n'a pas convaincu les juges d'instruction, qui l'ont mis en examen, en mars dernier, pour blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, faux et usage de faux.

"On pourrait peut-être se voir... Discrétos". Dans le cadre des investigations sur le financement libyen, des écoutes téléphoniques révèlent par ailleurs que Claude Guéant et Michel Gaudin ont évoqué la question des primes en liquide place Beauvau et ont discuté d'une version commune, a indiqué une source proche du dossier.

Le Monde, qui a pu avoir accès à ces interceptions téléphoniques rapporte un échange sans équivoque entre les deux hommes. "Quel con j’ai été de garder des factures ! Franchement", lâche Claude Guéant à l'ex-DGPN, le 13 juin 2013, au sujet des documents saisis par les enquêteurs lors de la perquisition. Ce à quoi Michel Gaudin répond : "C’est pour ça que là, on pourrait peut-être se voir… Discrétos".

Un procès à l'automne. Le parquet financier a précisé que le procès aurait lieu les 28 et 30 septembre, puis le 1er et le 7 octobre 2015.