Affaire Bettencourt : que va-t-on juger ?

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Affaire Bettencourt : que va-t-on juger ?
@ JEAN-PIERRE MULLER / AFP
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Dix personnes, dont l'ancien ministre UMP Eric Woerth, sont jugées à partir de lundi à Bordeaux dans le volet "abus de faiblesse" de l'affaire.

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Liliane Bettencourt, une vieille dame parmi les plus riches du monde, a-t-elle été victime d'un entourage peu scrupuleux ? Huit ans après le début de cette affaire aux innombrables rebondissements judiciaires, la justice va examiner les agissements d'habitués de l'hôtel particulier de la propriétaire du groupe de cosmétiques L'Oréal, à Neuilly-sur-Seine, soupçonnés d'avoir profité de la vulnérabilité de la vieille dame, âgée de 92 ans, et 11e fortune du monde. Dix personnes, dont l'ancien ministre UMP Eric Woerth, sont donc jugées à partir de lundi à Bordeaux dans le volet "abus de faiblesse" de l'affaire.

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Une plainte de la fille Bettencourt lance l'affaire. A l'origine de ce feuilleton politico-financier hors normes, qui a secoué le mandat de Nicolas Sarkozy, des rivalités au sein de la famille, lesquelles éclatent au grand jour fin 2007. A cette époque, la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, en conflit avec sa mère, dépose plainte à l'encontre de François-Marie Banier. A l'appui de la plainte, des enregistrements de conversations, réalisés à l'insu de la milliardaire à son domicile par son majordome.

Françoise Meyers

© AFP

Un témoignage clé épingle plusieurs membres du personnel. Au cours de l'enquête, Claire Thibout la comptable de Liliane Bettencourt de 1995 à 2008, avait accusé François-Marie Banier, un photographe proche de la milliardaire et Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de la riche héritière, d'avoir profité de la fragilité de la milliardaire pour lui soutirer de l'argent. Elle a notamment affirmé avoir remis à Patrice de Maistre 50.000 euros, somme qui aurait été destinée à Eric Woerth, à l'époque chargé de la trésorerie de campagne de Nicolas Sarkozy. Elle avait également fait état de l'emprise de François-Marie Banier sur sa patronne, désormais placée sous la tutelle de son petit-fils.

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Six années d'enquête, 10 prévenus à la barre. A l'issue de six années d'une procédure dépaysée à Bordeaux, fin 2010, depuis Nanterre, douze personnes avaient été mises en examen dans ce volet abus de faiblesse. Deux ont bénéficié d'un non-lieu, dont Nicolas Sarkozy.

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François-Marie Banier

© AFP

Parmi les principaux protagonistes, on retrouve l'artiste et photographe François-Marie Banier, 67 ans, et son compagnon Martin d'Orgeval, 41 ans. Les deux poursuivis pour abus de faiblesse et blanchiment, sont soupçonnés d'avoir profité des largesses de la millionnaire, notamment sous forme de dons pécuniaires et d'œuvres d'art. Des largesses se chiffrant en centaines de millions d'euros.

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Egalement poursuivi pour abus de faiblesse et blanchiment, Patrice de Maistre, 65 ans, l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Il est soupçonné d'avoir profité de la vulnérabilité de la milliardaire, alors qu'elle souffrait de sénilité depuis septembre 2006. C'est du moins ce qu'atteste une expertise psychiatrique de 2011, dont les résultats devraient être âprement débattus à l'audience.

Le député UMP Eric Woerth, ex-ministre du Budget et du Travail de Nicolas Sarkozy et ancien trésorier de sa campagne lors de l'élection présidentielle en 2007, est quant à lui renvoyé pour recel d'une somme que lui aurait remise Patrice de Maistre. L'avocat Pascal Wilhem, qui avait succédé à Patrice de Maistre, et un de ses clients, l'entrepreneur audiovisuel Stéphane Courbit, sont poursuivis pour abus de faiblesse. Tous deux sont accusés d'avoir poussé la milliardaire à investir 143 millions d'euros dans l'entreprise de ce dernier.

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Deux notaires, Jean-Michel Normand et Patrice Bonduelle, sont, eux, renvoyés pour complicité d'abus de faiblesse. Enfin, son dernier infirmier, Alain Thurin, et l'homme qui gérait son ancienne île aux Seychelles, Carlos Cassina Vejarano, seront également à la barre de ce procès. Le premier pour abus de faiblesse, le second pour abus de faiblesse et abus de confiance.

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Vers un renvoi du procès. Mais un ultime rebondissement, survenu fin 2014, pourrait bouleverser le procès. Claire Thibout, considérée comme un des témoins-clés, a été mise en examen le 28 novembre pour faux témoignages. Si le dossier ne repose pas uniquement sur le témoignage de l'ex-comptable, plusieurs avocats de la défense veulent le renvoi du procès. Une salve d'incidents de procédure est donc attendue à l'ouverture de l'audience du procès prévu pour durer cinq semaines

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