A Saint-Ouen, le trafic de drogue se porte (toujours) bien

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A Saint-Ouen, le trafic de drogue se porte (toujours) bien
Une cité de Saint-Ouen (photo d'illustration).
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Il y a une semaine, Bernard Cazeneuve annonçait instaurer des "mesures puissantes" pour lutter contre le trafic de drogue. Europe 1 s’est rendue sur place.

REPORTAGE

Une semaine après les annonces chocs de Bernard Cazeneuve, pour lutter contre le trafic de drogue à Saint-Ouen, quelle est la réalité sur le terrain ? Tout récemment, des patrouilles à cheval ont fait leur apparition dans les rues de cette commune où les dealers, armés, se livrent à une véritable guerre pour tenir leur terrain. Le ministre de l’Intérieur a également annoncé l’arrivée de 50 CRS et des opérations contre les dealers et les consommateurs. Mais sur place, dealers et consommateurs continuent pourtant de se rencontrer en toute quiétude, ou presque.

Ecoutez le reportage de Walid Berrissoul :

Un point de vente à 100 mètres des policiers. Une semaine après les annonces de Bernard Cazeneuve, la clientèle a repris ses habitudes. Une file d’attente patiente à un point de vente de drogue, situé à trois minutes à pied de la station de métro Saint-Ouen. A l'entrée de la cité, un ado sur une chaise en plastique surveille l’arrivée d’éventuelles patrouilles de police. On le surnomme le chouffeur, il est payé par les dealers pour surveiller la zone.

"A gauche, à gauche", dit-il, en montrant une autre entrée du lotissement où effectivement un fourgon de CRS est stationné. C’est pourtant à 100 mètres des policiers que se trouve le point de vente, où une dizaine de clients font la queue, comme dans un magasin. Dans cette file d’attente, la population est éclectique : une jeune femme talons-aiguilles sac à main ou encore un cadre en costume cravate, qui ne semble pas plus nerveux que ça.

Un vendeur de 13 ans. Plus surprenant, un jeune garçon d’à peine 13 ans figure parmi les vendeurs de drogue. Il s'approche, apporte la marchandise, des pochettes plastiques remplies de barrettes de haschich. D’une voix d'enfant, il lâche alors : "qui veut un 20 de shit ?". Un "20 de shit", c’est-à-dire un morceau de résine, d'une valeur de 20 euros. Un billet qu'il fait semblant de contrôler comme un vrai commerçant. En deux minutes, les clients ont leur marchandise, et disparaissent.

"Le trafic continue". Pierre, un habitué, repart presque surpris. "Souvent, quand la police passe en voiture ou à pied à côté de la cité, on peut entendre des jeunes crier ‘ça passe’. Dans ces cas-là, les dealers se cachent, les clients s’éparpillent dans la cité. Là, on n’a même pas vu de flics, ni même entendu qu’il y avait un passage de flics. Le trafic continue, il a peut-être un peu ralenti à un moment. Mais il perdure complètement, comme dans un supermarché, on se gare devant, on entre, on prend 20 euros et on repart", reconnait-il.

Les policiers ont pourtant interpellé pour la seule journée de lundi 19 consommateurs dans une ville où se déroulent près de 5.000 transactions par jour.