72 heures après, que sait-on de l’arrestation de Salah Abdeslam ?

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72 heures après, que sait-on de l’arrestation de Salah Abdeslam ?
@ AFP
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Comment l’arrestation de Salah Abdeslam a-t-elle été rendue possible ? Qu’est-ce qui attend l’ennemi public n°1 dans les prochains jours ? Europe 1 fait le point.

Avec l’arrestation du dernier membre vivant des commandos du 13 novembre, c’est la perspective d’en savoir plus sur l’organisation des attentats qui s’ouvre aux enquêteurs. 72 heures après l’arrestation de Salah Abdeslam, dans la commune bruxelloise de Molenbeek, de nombreuses informations permettent de reconstituer les pièces manquantes du puzzle sur les attaques de Paris. Europe 1 revient sur les éléments qui ont permis la neutralisation de Salah Abdeslam et sur les suites de ce dossier qui cristallise de nombreux espoirs.

Quels sont les éléments qui ont permis son arrestation ?La traque de Salah Abdeslam s’est brusquement accélérée quelques jours avant son arrestation. C'est lors d'une perquisition de routine, qui s'est transformée mardi en spectaculaire intervention antiterroriste, que tout a basculé. Ce jour-là, en début d'après-midi, six policiers belges, accompagnés de deux Français de la section antiterroriste et de la sous-direction antiterroriste, visent un appartement de la commune résidentielle de Forest, à Bruxelles. Les unités en sont persuadées : ce logement servait de planque à des individus directement en lien avec les auteurs des attentats de Paris. Ils ont également la certitude que l’appartement est inoccupé depuis plusieurs semaines, en raison d’une absence de consommation d’eau et d’électricité.

En réalité, trois individus se trouvaient à l'intérieur au moment de la perquisition, mardi. Durant cette opération, un homme est tué par un tireur d'élite des unités spéciales alors qu'il allait clairement ouvrir le feu sur la police. Le suspect tué est identifié comme étant Belkaïd Mohammed, plus connu sous la fausse identité de Samir Bouzir. Ce dernier est présenté comme étant l'un des deux logisticiens présumés des attentats de Paris.

L'appartement de Forest où Salah Abdeslam s'était planqué

Ses deux complices parviennent à prendre la fuite par les toits. Passé au peigne fin par les enquêteurs, l’appartement livre ses secrets : des empreintes digitales de Salah Abdeslam sont découvertes sur un verre. L’homme le plus recherché d’Europe fait-il parti des deux fuyards ? La piste est prise très au sérieux par les enquêteurs. D’autant que leurs suppositions sont étayées par un coup de fil anonyme qui confirme la présence du fugitif à Bruxelles. Un proche de Salah Abdeslam rapporte aux enquêteurs que ce dernier l’a contacté pour qu’il lui trouve un logement. Délogé de l’appartement de Forest où il se planquait, laissant derrière lui toutes ses munitions, le suspect-clé des attentats est acculé.

Finalement, c’est un certain Abid Aberkan qui lui vient en aide, en lui proposant de se réfugier dans la cave de l’appartement de sa mère, rue des Quatre-Vents, à Molenbeek, à moins de deux kilomètres du café Les Béguines, que Salah Abdeslam a géré jusqu’en novembre 2015 avec son frère Brahim, et à 700 mètres du domicile de leurs parents. Abid Aberkan, aujourd’hui mis en examen et placé en détention préventive pour participation à une organisation terroriste et recel de malfaiteurs, avait été repéré la veille de son arrestation au cimetière multiconfessionnel d’Evere, où il portait le cercueil de Brahim Abdeslam. Un enterrement regroupant une vingtaine d’individus, tous questionnés par les enquêteurs, présents sur place pour récupérer des informations utiles à l’arrestation de Salah Abdeslam. Il semblerait que leur présence a été fructueuse.

En analysant le téléphone à partir duquel Salah Abdeslam a appelé à l’aide, et en recoupant les témoignages de certains individus présents à l’enterrement de son frère, les enquêteurs belges sont parvenus à localiser le terroriste dans l’appartement de Molenbeek. Un détail aurait aussi confirmé les intuitions des policiers : une commande de cinq pizzas passée par la mère d’Abid Aberkan. Là, les enquêteurs auraient compris que plusieurs individus se trouvaient dans cet appartement, où elle vit normalement seule.

Le jour de l'arrestation de Salah Abdeslam à Molenbeek.

Comment s’est déroulée son arrestation ? Ce faisceau d’éléments a conduit, vendredi, à l’interpellation de l’ennemi public n°1. Il a été neutralisé alors qu’il tentait de s’enfuir par l’entrée principale de l’appartement encerclé par des forces spéciales. Blessé à la jambe par un tir de policiers, il a été transféré à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles dans la soirée, avant d’en ressortir au petit matin, en vue de son audition.

Lors de l’assaut de Molenbeek, un complice a également été appréhendé après avoir été légèrement blessé, a précisé le parquet. Il avait utilisé ces derniers mois un faux passeport syrien, au nom de Monir Ahmed Alaaj, et une fausse carte d'identité belge, au nom d'Amine Choukri. Par ailleurs, trois "membres de la famille qui hébergeait" Salah Abdeslam à Molenbeek ont été interpellés, notamment Abid Aberkan et sa mère. Cette dernière a été mise en examen pour recel de criminel, mais a été laissée en liberté.

Qu’a révélé Salah Abdeslam aux enquêteurs ? Ce suspect-clé des plus sanglants attentats commis sur le sol français a été formellement inculpé samedi de tentatives d'assassinats terroristes et de participation aux activités d'un groupe terroriste par la justice belge. Ce Français de 26 ans qui a grandi en Belgique apparaît d'abord "comme ayant eu un rôle central dans la constitution des commandos du 13 novembre", en participant à l'arrivée de certains djihadistes en Europe, et "dans la préparation logistique des attentats". Il a acheté notamment le matériel nécessaire à la confection des ceintures explosives utilisées par les terroristes à Paris et loué le véhicule utilisé par le commando du Bataclan et un appartement en banlieue parisienne, a détaillé le procureur français.

Il voulait se faire exploser au Stade de France et a fait machine arrière

Lors de ses premières auditions, Salah Abdeslam a affirmé aux enquêteurs belges qu'il "voulait se faire exploser au stade de France" le soir des attentats mais qu'il avait fait "machine arrière", selon le procureur de Paris, François Molins. Faute d’avoir pu mener à bout son projet kamikaze sur le sol français, Salah Abdeslam envisageait une attaque terroriste en Belgique, a affirmé dimanche le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

"Il était prêt à refaire quelque chose à Bruxelles", a déclaré le ministre belge lors d'un colloque international organisé dimanche. "Et c'est peut-être la réalité parce que nous avons trouvé beaucoup d'armes, des armes lourdes au cours des premières investigations, et nous avons trouvé un nouveau réseau autour de lui à Bruxelles", a poursuivi le ministre.

Et après ?Salah Abdeslam a été incarcéré dans une aile "de sécurité spéciale et individuelle" de la prison de Bruges, où sont notamment aussi emprisonnés Mehdi Nemmouche, l'auteur de l'attaque contre le Musée juif à Bruxelles en mai 2014, ainsi que les deux individus qui l'ont exfiltré de Paris vers Bruxelles au lendemain des attentats. La prochaine étape de la procédure conduira mercredi Salah Abdeslam devant la Chambre du conseil, une juridiction d'instruction belge, qui statuera sur son maintien en détention.

Salah Abdeslam vaut de l'or. Il collabore, il communique.

"Le mandat d'arrêt belge sera prolongé mercredi et l'enquête continuera", avait précisé l’avocat de l’ennemi public n°1, Me Sven Mary samedi, estimant qu'"il y a d'abord un dossier en Belgique (...) où il doit s'expliquer, et la remise à la France pourra être suspendue en attendant le développement de l'enquête en Belgique". Pour son avocat, Salah Abdeslam "vaut de l'or. Il collabore, il communique (...) Il serait intéressant de laisser maintenant le temps au temps, pour que je puisse en parler avec lui, pour que les enquêteurs puissent parler avec lui", a indiqué Sven Mary à la RTBF.

La France réclame son transfèrement à Paris dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen, une procédure qui doit déboucher sur une décision définitive dans un délai de 60 jours à compter de son arrestation, ou 90 jours s'il devait exercer un  recours.

François Molins doit se rendre lundi à Bruxelles "dans le cadre d'une rencontre prévue de longue date" avec le parquet fédéral belge pour faire un point sur l'enquête, a-t-on appris de source proche de l'enquête.