Pollution hors norme dans le delta du Niger

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Pollution hors norme dans le delta du Niger
@ REUTERS
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Un rapport de l’ONU accuse sévèrement la compagnie pétrolière Shell et le gouvernement nigérian.

La pollution du delta du Niger par le pétrole est une catastrophe environnementale connue depuis longtemps mais dont personne n’était directement tenu pour responsable. C’est désormais chose faite, après la publication vendredi d’une étude de l’ONU accablante pour le gouvernement nigérian et le géant pétrolier Shell. La dépollution de cette zone pourrait durer 30 ans, du jamais-vu.

Le delta du Niger souillé par le pétrole

L'enquête du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) établit scientifiquement l'étendue et l'impact des dommages dans l'Oginiland, au coeur du delta du Niger, la zone pétrolifère du premier producteur de brut d'Afrique.

La compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC) et de nombreux groupes étrangers opèrent dans le delta. L'anglo-néerlandais Shell, le plus ancien et le plus important d'entre eux, particulièrement implanté dans l'Ogoniland, est pointé du doigt, bien qu’il a été contraint de quitter cette région en 1993 en raison des troubles.

Sur place, c'est un horizon noirci qu'a filmé Amnesty international (reportage en anglais) :

Les graves négligences de Shell

Le PNUE relève notamment que "le contrôle et l'entretien des installations pétrolières dans l'Ogoniland demeure inadéquat: les propres procédures de Shell Petroleum Development Company (SPDC) n'ont pas été respectées, conduisant à des problèmes de santé publique et de sécurité".

"Dans au moins dix communautés Ogoni, où l'eau potable est contaminée avec des niveaux élevés d'hydrocarbures, la santé publique est sérieusement menacée", note aussi l'agence onusienne. Shell s’est défendu en argumentant que "la plupart des fuites" étaient le résultat "de sabotage, vol et raffinage clandestin".

Vers des poursuites en justice

Ce rapport contient "des preuves" que les majors et les autorités d'Abuja "ne peuvent plus ignorer", s’est félicité Audrey Gaughran, d'Amnesty International. "Il est possible qu'il y ait davantage d'actions en justice, en raison du rapport de l'ONU mais aussi parce que beaucoup de gens ont entendu parler de l'affaire à Londres", a-t-elle ajouté.

Shell est en effet sur le banc des accusés à Londres dans le cadre d’un premier procès. L'avocat nigérian Femi Falana a d’ailleurs jugé "formidable" le travail de l'ONU "qui confirme d'une certaine manière les souffrances exprimées par le peuple Ogoni depuis des années". Cette "base scientifique endossée par l'ONU" va permettre "à des gens de formuler des demandes légitimes", a-t-il estimé.

Une opération de dépollution sans précédent se précise

La pollution est désormais telle qu'elle pourrait nécessiter l'opération de nettoyage la plus vaste jamais entreprise au monde, d’une durée estimée à 30 ans par le PNUE. L’organisation onusienne recommande aussi la création d'un fonds spécial dans lequel les groupes pétroliers et le gouvernement sont appelés à verser un milliard de dollars.

"Ce qu'attendent les Ogonis, c'est un nettoyage de notre environnement ravagé", a réagi le Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Mosop), qui s'est réjoui du rapport tout en estimant que cela ne suffisait pas.