L’été 2011 sera-t-il pire qu’en 1976 ?

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L’été 2011 sera-t-il pire qu’en 1976 ?
@ MAXPPP
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Les restrictions d’eau touchent de nombreux départements. En vue : une sécheresse record.

Et si 2011 ressemblait à 1976 ? Alors que le nombre de départements concernés par des restrictions d’eau ne cesse de progresser, la sécheresse qui sévit en France depuis le début de l’année agite le spectre de cette année 1976 record, parmi les plus sèches du 20e siècle.

Récoltes de céréales compromises, qui entraînent la hausse du prix de l’alimentation du bétail, vendanges avancées, risques d’incendies de forêts : la peur d’une année caniculaire, 35 ans après 1976, est dans toutes les têtes. Le ministère de l’Ecologie a même réuni avec un mois d'avance le comité de suivi hydrologique, pour faire un bilan précis de la situation.

Une situation identique. "A la même époque de l’année, on a une situation comparable à 1976. Les sols superficiels sont même plus secs qu’à la même période, il y a 35 ans", constate Dominique Raspaud, ingénieur-prévisionniste à Météo-France, interrogée par Europe1.fr.

Le manque de pluie, dans l’ensemble du territoire, est flagrant. "On a un déficit de pluie de 70% en avril, par rapport à la normale. Il n’a pas plu pendant tout le mois dans certaines régions du Nord-Ouest, qui sont extrêmement sèches. C’est le cas du côté de Caen, du Mans et de Beauvais", précise la météorologue. Dans ces zones, la pluviométrie habituelle du mois d’avril est de 50 mm.

Et quand la pluie est tombée à certains endroits, c’était souvent sous forme d’orages. Or, pour les récoltes, il vaut mieux des pluies régulières et faibles que des orages localisés.

Pas de pluie prévue à court terme. La situation est d’autant plus inquiétante que Météo-France ne prévoit pas de pluie dans les sept prochains jours. "Aucun passage pluvieux entrainant des intempéries sur une zone étendue n’est attendue. La pluie tombera encore sous forme d’orage", annonce la météorologue.

Des orages sont notamment attendus en Bourgogne. Mais les grandes quantités d'eau qui pourraient tomber devraient ruisseler sur un sol sec, sans entrer dans le sol.

2011, une année chaude. A plus longue échéance qu'une semaine, les scientifiques peuvent détecter un signal, mais dans le cadre d’une grande région, comme l’Europe occidentale par exemple. Cette prévision, qui est réalisée à partir de plusieurs modèles, dans différents centres météorologiques du monde, ne concerne toutefois que les températures, et pas la pluviométrie.

"Ces prévisions convergent pour une probabilité importante d’un trimestre mai-juin-juillet plus chaud que la normale", explique l’ingénieure météo. Un été chaud donc, si on se base sur la moyenne de ces trois mois.

Une année catastrophique pour les agriculteurs ? Alors que nombreux sont ceux qui se réjouissent de leurs après-midis en terrasse, ou de leurs séances de bronzage, les agriculteurs, eux, craignent une année dramatique. Les baisses de rendements, en France et en Allemagne, devraient être drastiques. Agritel, société de conseil spécialisée dans les matières premières agricoles, table sur une baisse de 13% du rendement moyen du blé.

Mais Dominique Raspaud n’est pas si catastrophiste. "Qui dit été plus chaud ne signifie pas été plus sec. Si la pluie tombe régulièrement, ça peut sauver les agriculteurs", estime-t-elle.

Bientôt un "impôt sécheresse" ? En 1976, face à la sécheresse historique, le gouvernement de Jacques Chirac avait recouru à un impôt exceptionnel pour aider les agriculteurs. Au nom de la solidarité nationale, un montant de 6 milliards de francs avait été redistribué à la profession, prenant la forme d’une majoration de 10% de l’impôt sur le revenu au-dessus d’un certain niveau.

En 2011, les contribuables pourraient bien encore une fois donner de leur poche, si la situation devenait critique pour les agriculteurs. Mais, pour la ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, il est "trop tôt" pour évoquer un tel scénario, car "on peut sauver la saison".

Pour le moment, la France se tourne donc vers Bruxelles pour aider les paysans sous forme d’aides financières. Autres mesures déjà prises : autoriser les agriculteurs à utiliser toutes les jachères pour nourrir leur bétail, et exhorter les céréaliers à ne pas broyer la paille, afin que celle-ci serve à nourrir le bétail.