Bientôt une solution contre les frelons asiatiques ?

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Bientôt une solution contre les frelons asiatiques ?
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SCIENCE - Les chercheurs multiplient les travaux pour enrayer la propagation du Vespa Velutina en Europe.

La menace est là, avérée, mais les solutions manquent encore. Les scientifiques sont donc sur le pont pour répondre à l'avancée inéluctable du frelon asiatique en Europe. Deux pistes sont notamment développés : la recherche d'un parasite pouvant lui être fatal et la mise au point d'un piège ne ciblant que cette espèce. Une riposte attendue avec impatience par les apiculteurs français, dont les ruches sont décimées par le vespa velutina. 

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Le constat : le frelon asiatique est bien installé en Europe. Arrivé dans le sud de la France il y a une dizaine d'années, le frelon asiatique fait désormais partie du paysage. Le cas du département d'Indre-et-Loire est éloquent : lorsque l'espèce est arrivée près de Tours en 2009, les chercheurs avaient relevé trois colonies. En 2011, il y en avait quarante et le recensement de 2013 fait état de 400 à 600 colonies. Même l'Europe de l'Est, épargnée jusqu'ici, commence à être concernée.

Désormais présent sur plus de 70% du territoire français, vespa velutina est donc devenu une priorité pour les chercheurs, et notamment pour l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte (IRBI) de l'Université de Tours. "Cette espèce pose de gros soucis car elle se nourrit de nombreux insectes, dont les abeilles. C'est une catastrophe pour les apiculteurs. Mais aussi pour la biodiversité, car ce prédateur généraliste chasse divers insectes. De plus, sa piqûre peut être mortelle", souligne Éric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'IRBI.

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La première solution : identifier un parasite ciblant les reines frelons. En autopsiant des cadavres de frelons, ce scientifique a découvert un parasite qui pourrait se révéler bien utile. A l'aide d'une loupe binoculaire, lui et son équipe ont identifié le Conops vesicularis, une espèce parasitoïde, sorte de petite mouche qui pond son oeuf au printemps sur des reines frelons. "L'oeuf éclôt, et la larve, comme 'l'Alien' du film, va se développer dans l'abdomen de son hôte, ce qui va entraîner au bout de dix ou quinze jours la mort de la reine". Cette découverte est essentielle car si ce parasite tue la reine, la colonie entière ne lui survit pas.

Les chercheurs peuvent désormais imaginer mettre au point un système de lutte biologique contre le frelon asiatique. "Il faudra des années pour démontrer que ce parasitoïde a une préférence pour le frelon asiatique et qu'il n'entraînera pas de dégâts collatéraux sur les abeilles, les bourdons et les guêpes", tempère néanmoins Éric Darrouzet qui travaille aussi sur plusieurs types de pièges.

La deuxième solution : mettre au point un piège à frelon. En attendant une solution biologique, les chercheurs travaillent aussi sur des pièges. Reste à trouver celui qui ne piègera pas d'autres espèces. "Un des buts de notre projet est la fabrication d'un piège sélectif. (...) Un prototype est déjà à 99% sélectif. Fin 2015, nous devrions avoir un piège sélectif disponible", explique Éric Darrouzet.

"On veut remplacer les appâts alimentaires à base de sucre et de protéines par un appât phéromonal (ndlr: issu d'une sécrétion externe produite par un organisme) à base de molécules volatiles émises par les frelons. On teste actuellement ces molécules isolées en laboratoire. On le fera dès l'année prochaine sur le terrain. L'objectif est de labelliser et de faire breveter ces pièges. Mais il nous faudra pour ça des finances", prévient le chercheur.

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