Retraites complémentaires : les propositions du Medef

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Retraites complémentaires : les propositions du Medef
@ JOEL SAGET/AFP
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RIGUEUR – Les partenaires sociaux négocient une réforme des régimes Agirc et Arrco. Le patronat a sa petite idée sur la question.

Les régimes de retraites complémentaires Agirc et Arrco sont dans le rouge : ils reçoivent beaucoup moins d’argent des actifs qu’ils n’en versent aux retraités. Une situation qui n’est pas près de s’inverser en raison du "papy boom" et de l’allongement de l’espérance de vie. Une réforme s’impose donc, les partenaires sociaux y travaillent depuis mi-février. Sauf que syndicats et patronat proposent des solutions radicalement différentes : la copie des organisations patronales, qui commence à se préciser, a peu de chance de convaincre les syndicats. Il faut dire que certains des remèdes proposés ne sont pas anodins : gel des pensions et report de l’âge permettant de toucher une retraite complémentaire à 100%.

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© PHILIPPE HUGUEN/AFP

Un gel des pensions jusqu’en 2018. Première mesure proposée par l’organisation patronale, et probablement la moins polémique : ne pas revaloriser le niveau des pensions complémentaire pendant trois ans. Selon les calculs patronaux, ce gel des pensions se traduirait par quatre milliards d'économies en 2020, 4,9 milliards en 2030 et 5,7 milliards en 2040.

Quel effet aurait une telle mesure pour un retraité ? La CFTC a fait le calcul et estime que cela se solderait par exemple par une perte de 116 euros par mois pour un retraité de 62 ans ayant droit, avant décote, à une pension mensuelle totale de 1.700 euros par mois. Sauf qu’une telle mesure ne sera peut-être pas nécessaire : la revalorisation des pensions dépend de l’inflation, or celle-ci est proche de zéro et pourrait le rester tant que la croissance sera molle.

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Plus de pension à 100% avant 67 ans. L’autre mesure préconisée par le patronat est encore plus sensible : inciter les cadres à ne pas partir à la retraite à 62 ans en imposant "une minoration temporaire et dégressive". En clair, celui qui prendrait sa retraite à l’âge légal, soit 62 ans, ne toucherait pas toute sa pension complémentaire : celle-ci serait amputées de 20 à 40% la première année, puis un peu moins chaque année jusqu’aux 67 ans du retraité. Au-delà, il toucherait enfin l’intégralité de sa complémentaire.

Une manière d’inciter les cadres et les salariés du privé à travailler quelques années de plus, ce qui présente un double avantage : pendant ces quelques années supplémentaires, ces derniers continuent de cotiser et ne coutent rien à l’Agirc et à l’Arrco.

Une réversion moins avantageuse. Cette réforme ne concernerait que les retraités en couple dont l’un des conjoints est décédé. Le survivant touche alors 60% de la pension de son conjoint, une proportion que le patronat propose de revoir à la baisse. A moins que, lorsque les deux époux sont en vie, chacun accepte une pension un peu moins élevée : en échange, les règles de réversion resteraient les mêmes qu'aujourd'hui lorsque l'un des deux décède.

Une fusion des deux régimes. Le patronat propose en outre une fusion de l'Arrco et de l'Agirc à partir du 1er janvier 2019. Une mesure qui permettrait des économies d’échelle, mais pas seulement : chaque système ayant ses propres règles, l’idée serait alors de les harmoniser en s'alignant sur les critères les moins favorables de chaque système. Cette réforme permettrait d’économiser entre 200 millions d'euros en 2020 et 1,6 milliard en 2040, selon les estimations du patronat.

Jouer sur les points retraites. Contrairement au régime de base, le régime complémentaire fonctionne par points : un salarié accumule des points pour chaque année travaillée et sa pension complémentaire dépend de ce nombre de points. Le patronat propose de réduire le nombre de points attribués par an ou d’en augmenter le prix d’achat.

Un système moins avantageux pour les chômeurs. Dernière piste évoquée et qui concerne spécifiquement les chômeurs : des points retraite correspondant "exactement" aux cotisations versées par l'Etat et l'assurance chômage, alors qu'aujourd'hui ces cotisations sont complétées par l'Arrco et l'Agirc pour éviter aux demandeurs d'emplois d'avoir un "trou" dans leur historique chez l'Agirc et l'Arrco.

syndicats

© FRED DUFOUR / AFP

Qu’en pensent les représentants des salariés ? Ils ne cachent pas leur scepticisme, et ce pour deux raisons : d’abord parce qu’ils considèrent qu’il n’y a rien de nouveau dans les propositions du patronat, ensuite parce que ces pistes ne prennent pas en compte les idées des syndicats.

Des syndicats qui, eux, privilégient une autre piste : une hausse des cotisations, ce que refuse le patronat car cela reviendrait à lui faire payer un peu moins de la moitié de la facture.

>> Les patrons ne veulent "plus jouer au père Noël", comme vous pouviez l'entendre dans Europe1 midi :



Retraites complémentaires : "nous ne pouvons...par Europe1fr

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