La menace de sanctions a favorisé l’emploi des handicapés

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et Anne-Laure Jumet , modifié à
DISCRIMINATION - Les personnes handicapées restent davantage touchées par le chômage mais la loi a commencé à faire bouger les choses.

Les sanctions pour obliger les entreprises à embaucher des travailleurs handicapés commencent à porter leurs fruits : tel est le constat dressé à l'occasion de la 18e édition de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées qui s'ouvre aujourd'hui. Une évolution positive mais qui n’a pas encore mis fin à une inégalité criante face à l’emploi.

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La règle : un emploi ou une amende. Depuis 2007, et le durcissement de la loi de 1987, la règle est la suivante : les entreprises de plus de 20 salariés doivent embaucher des personnes handicapées à hauteur de 6 % de leur effectif. Si elle ne respecte pas ce quota, une société doit payer une sanction, baptisée contribution Agefiph, dont le montant varie selon le nombre de salariés dans l’entreprise. A titre d’exemple, une entreprise de 30 salariés (équivalents temps plein) qui n'emploie aucune personne handicapée peut se voir infliger jusqu'à 14.145 euros de contribution par an. Pour une société comptant 100 salariés, le chiffre peut grimper jusqu’à 84.000 euros par an.

La peur des sanctions commence à payer… Face à une telle menace, pleinement effective depuis 2010, les entreprises ont commencé à jouer le jeu. Résultat : en 7 ans, les sommes versées par les entreprises qui ne respectent pas la loi ont baissé de 30 %.

Les entreprises ont donc commencé à employer de plus en plus de personnes handicapées, si bien qu’aujourd’hui elles représentent 3% des salariés. Mais on reste loin de l’objectif fixé en 1991, à savoir 6%.

… mais les handicapés restent dans une situation inquiétante. La situation s’améliore donc lentement mais le chemin restant à parcourir est très, très long : une personne handicapée a deux fois plus de probabilité de se retrouver au chômage, si bien que plus d’une personne handicapée sur deux n’a pas d’emploi et n’en cherche même pas un. Plus inquiétant encore, le nombre de chômeurs chez les personnes handicapées a bondi de plus de 10 % en un an.

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Le handicap constitue un frein à l’embauche, mais pas seulement : leur formation reste en-dessous de la moyenne puisqu’un tiers d'entre eux ont un niveau inférieur au CAP. Certains secteurs demandant une main d’œuvre particulièrement qualifiée peinent donc à respecter la loi, à l’image de l’informatique où moins de 1% des effectifs est handicapé alors même que les associations spécialisées reconnaissent que ce secteur fait des efforts.

A l’inverse, d’autres secteurs emploient de nombreuses personnes handicapées mais il y a un bémol : dans le BTP et l’automobile, ces handicapés sont souvent d’anciens employés valides ayant développés un handicap du fait de leur métier. Les entreprises de ces sociétés ne font donc que pérenniser leurs propres effectifs.

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