Chômage : les générations sacrifiées n’existent pas

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Chômage : les générations sacrifiées n’existent pas
On pense souvent à tord que le chômage des jeunes leur colle à la peau tout au long de leur carrière.@ MAXPPP
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Si les jeunes souffrent du chômage plus que les autres en temps de crise, à long terme, les différences s’estompent.

L’INFO. Le concept de génération sacrifiée a la peau dure. Pourtant, il n’a aucune réalité scientifique affirme l’Insee. Une étude publiée en janvier 2014 montre que si le chômage des jeunes est plus fort que la moyenne en temps de crise, les effets négatifs d’une entrée difficile sur le marché du travail s’estompent très rapidement. En moins de cinq ans, les membres d’une génération connaissent généralement le même taux d’emploi et les mêmes rémunérations.

Un constat en temps de crise. Pour réaliser leur enquête, les chercheurs de l’Insee se sont penchés sur les données du chômage des jeunes lors des périodes de stress économique. Ils ont comparé les trajectoires en matière d’emploi et de salaire des personnes qui sont entrées sur le marché du travail sur deux années consécutives, l’une de plein emploi, l’autre de crise.

On y retrouve à chaque fois les mêmes marqueurs : la “cohorte des malchanceux” a toujours un taux de chômage beaucoup plus élevé à l’entrée sur le marché que ceux qui arrivent en période de croissance.

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Ainsi les jeunes hommes qui ont fini leurs études en 90-91 ont eu un taux de chômage direct plus faible de 8% que ceux de l’année 92-93, lorsque la croissance a brutalement chutée. Celui des femmes était quant à lui plus faible de 5%.

Le constat est d’ailleurs similaire dans le sens inverse, lorsque l’économie reprend. Les jeunes qui sont entrés sur le marché du travail en 97-98 ont subit un chômage beaucoup plus fort que ceux de 99-2000 (+8% pour les hommes, +10% pour les femmes), lorsque l’économie a souri à nouveau.

Tout disparaît en trois ans. Pourtant, contre l’idée que l’on pourrait se faire, le “retard à l’allumage” d’une génération ne la pénalise pas sur le long terme. Selon les travaux de l’Insee, au bout de trois ans, les malchanceux ont rattrapé leurs concurrents, autant en terme de taux d’emploi que de moyenne de salaire. “Pour les hommes, après 5 à 12 ans sur le marché du travail, les cohortes malchanceuses ont même un taux d’emploi supérieur aux cohortes de référence”, ajoute l’étude.

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La France cicatrise bien. Les chercheurs notent d’ailleurs que le modèle hexagonal est plutôt efficace pour effacer rapidement les difficultés rencontrées par sa jeunesse lors de l’entrée dans le monde du travail. Selon eux, d’autres pays ne guérissent pas aussi bien.

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“Les jeunes Autrichiens terminant leurs études en période de mauvaise conjoncture occupent plus souvent des emplois de mauvaise qualité, dans des secteurs et des entreprises moins rémunératrices que la moyenne”, note l’étude. Les Suédois entrés sur un marché du travail dégradé obtiennent quant à eux “moins souvent une promotion que ceux entrés dans une conjoncture économique favorable”.

Réussite française ? Sans précisément avancer les raisons de cette cicatrisation efficace, l’Insee propose néanmoins des pistes de réflexion qui expliqueraient l’exception française. Selon l’étude, il est possible que les “savoirs généraux acquis à l’école ne se détériorent que peu durant les épisodes de chômage”.

L’étude note également que cela pourrait être lié au fait que le chômage des jeunes Français est composé de périodes courtes et répétées ce qui éviterait un perte d’employabilité et serait facilement dissimulable dans un CV.

L’Insee note enfin qu’il est sûrement moins stigmatisant d’être au chômage en temps de crise, puisque beaucoup de personnes s’y sont retrouvées en même temps.

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