Zimbabwe : l’armée a pris le contrôle de la capitale

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

L’armée a pris le contrôle cette nuit de la capitale du Zimbabwé. Elle se défend d’avoir fait un coup d’état. Elle prétend viser des criminels. Le vieux Président Robert Mugabé et sa famille seraient sains et saufs.

C’est bien un putsch. Les militaires ont peur des mots. D’ailleurs, personne ne croit que Robert Mugabé et sa femme Grace soient tout à fait sains. Il est sénile au point de s’endormir pendant ses discours. Elle pique des colères telle qu’il a fallu l’exfiltrer d’Afrique du sud au mois d’août, la furie avait défiguré un mannequin que l’un de ses fils dévisageait avec insistance. Elle refuse de se soigner, elle relève de la psychiatrie.
On comprend que les militaires aient du mal à assumer le putsch, parce que Mugabé est au pouvoir depuis près de 40 ans, record mondial. Pour tous, le tyranosaure est le Père de la nation. Tel le roi Lear, il refuse d’envisager sa succession. Tout le monde y pense à sa place, les amis de sa femme s’impatientent, les vieux du parti s’inquiètent, mais personne n’osait se déclarer ou le défier. R. Mugabé a l’intention de se représenter l’an prochain, à 93 ans ! La semaine dernière, le vice-président qui était un de ses compagnons de route depuis la guerre de libération, ancien chef de la police secrète, couvert de sang, a été limogé, humilié, et il s’est enfui en Chine parce qu’il avait osé rivaliser avec l’ambitieuse première dame.
L’habitude de la soumission, la peur du vide, la volonté de gagner du temps, tout cela explique les démentis de ce matin. Mais le chef d’état-major a bien franchi le Rubicon cette nuit.

Les militaires disent qu’ils visent "des criminels qui provoquent des troubles économiques et sociaux".

Il s’agit du G40. Le groupe de Grace, des quadras devenus riches et quinquagénaires. Tous en Gucci ! Le ministre de l’Economie en faisait partie, il a été arrêté.
Grace était autrefois la secrétaire du tyran. Elle est désormais docteur en philosophie, son côté Helena Ceaucescu de l’hémisphère sud. Elle est aussi à la tête de la Ligue des femmes du parti unique, un tremplin pour quand elle sera veuve. Elle n’est pas discrète, elle adore le luxe. Elle aurait détourné des fortunes en diamants selon l’ambassade américaine dont Wikileaks a dévoilé les télégrammes.
La réalité économique, c’est que ce pays de Cocagne est totalement ruiné, 90% de la population au chômage. Le grenier à céréales de l’Afrique australe doit désormais importer même sa farine. Le bilan humain, les élites ont fui à l’étranger. On vote avec ses pieds.

Le peuple ne bouge pas.

Comme dans les tragédies classique, le peuple est hors-jeu. C’est Shakespeare entre le Zambèze et le Limpopo. Tout se joue à huis clos. Les quatre piliers du pouvoir sont les anciens combattants de la guerre de libération, le parti unique, l’armée, la police secrète. Comme en Algérie avec les Moudjahidines, le FLN, les généraux et les services. On pourrait faire bien des parallèles entre Bouteflika et Mugabé.