Visite du Premier ministre irakien à l'Élysée : le message de la France à l'Irak

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le Premier ministre irakien est à Paris, il a rendez-vous à l’Élysée avec le Président pour parler de tout, mais surtout pas des Kurdes.

Fin août, le Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et celui (ou celle) des Armées, Florence Parly ont passé ensemble le week-end à Bagdad. La capitale irakienne n’est pas glamour, mais à deux c’est mieux : au Moyen-Orient, la diplomatie sans la défense, c’est comme un orchestre sans instruments, on a du mal à se faire entendre. Or la France a quelque chose d’urgent à dire aux Irakiens. "Cela fait trois ans qu’avec nos braves pilotes, nos féroces artilleurs, et chut, nos forces spéciales, on tue ensemble des tas de djihadistes. Maintenant que Daech lâche prise, merci de ne pas nous oublier".
Il faut rebâtir Mossoul que nous avons rasé ensemble et reloger les 700.000 habitants qui ont tout perdu. Reconstruire le pays, ses puits, ses routes et ses prisons.

Les Américains ont déjà fait les comptes, ça coûtera une fortune.

À peu près mille milliards de dollars, 1000 Milliards au soleil, on croirait un mirage, c’est l’Orient comme on l’aimait au temps de l’amitié entre Saddam Hussein et Jacques Chirac, l’Orient des tapis volants et des intermédiaires voleurs.
En langue de bois, ça donne : la France veut "renouer un partenariat stratégique et soutenir l’Irak dans la phase de paix".
À l’Élysée, quelqu’un préfère parler sans arabesques. Grave erreur !

Qu’a dit la présidence ?

Qu’Emmanuel Macron propose l’aide de la France pour ne pas laisser "les tensions s’installer » entre Bagdad et les Kurdes".
Les Kurdes viennent de faire leur référendum à la catalane, 93% pour l’indépendance. Leur leader Barzani hésite encore à franchir le Rubicon. Pour le laisser réfléchir en paix, l’Irak et ses voisins lui imposent un blocus aérien. Comme cela Barzani n’est pas dérangé par le bruit. Et s’il ne réfléchit pas en paix, et bien, il aura la guerre.
Les Français soutiennent les Kurdes depuis qu’ils sont autonomes, depuis 25 ans. Ils sont bien placés pour servir de médiateur. Sauf qu’il ne fallait pas le dire.
Mais l’Élysée a raconté que le président avait téléphoné au Premier ministre pour lui parler de l’intégrité de l’Irak et des droits du peuple kurde.
L’autre a aussitôt démenti, en fureur.
Pas question de laisser dire qu’un étranger lui fait la leçon ou que les Kurdes auraient des droits.
Morale de cette gaffe. Un diplomate peut tout trahir, ses amis kurdes ou ses amis catalans mais il ne doit jamais trahir ses sentiments.
Et surtout, qu’il ne faut pas trop communiquer si on veut être écouté. Cette leçon vaut bien un fromage, à mille milliards.