Un breton tué au combat aux côtés des kurdes syriens

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La mort d’un Français en Syrie. Il s’était engagé auprès des Kurdes. Pour combattre Daech, puis les Turcs. Il a été tué par un tir d’artillerie.

Il se faisait appeler Kendal Breizh. Kendal, c’est un nom très commun au Kurdistan, à peine un nom propre. Et Breizh parce qu’il était breton. Avec cette identité passe-partout, on se dit qu’Olivier Le Clainche ne cherchait pas à être une vedette comme beaucoup de miliciens qui paradent en kaki mais qu’il voulait servir en combattant anonyme. Son idéal, le soldat inconnu plutôt que le héros légendaire. Il avait bientôt 40 ans, ce qui est vieux pour apprendre le métier des armes. Il était né à Malestroit, au centre de la Bretagne, il avait été vaguement journaliste dans les radios locales, ce qui est une façon d’être militant.
Il se sentait Breton, plutôt que Français. La cause peut lui être reconnaissante : depuis hier, on parle de la mort d’un combattant breton. Pas d’un volontaire français.

Un Breton d’extrême gauche

Olivier-Kendal se disait révolutionnaire, le contraire d’un nationaliste. Ce qui lui plaisait chez les Kurdes, ce n’est pas l’irrédentisme d’un peuple qui s'arqueboute pour arracher son droit à une nation. Non, c’était la révolution marxiste-léniniste du camarade Ocalan, le leader suprême du Parti du Peuple Kurde que les Turcs ont enfermé dans une ile prison et auquel ses partisans vouent un culte de la personnalité dont Staline lui-même aurait été jaloux. Le Breton préférait voir l’égalité hommes-femmes chez les peshmergas et la révolution en marche. Quand on fait partie de la brigade Henri Krasucki, on connaît la dialectique !

Qu’est-ce qu’on sait de la guerre de Kandal Breizh ?

Qu’elle a duré six mois. Il a débarqué en juillet dernier, combattant de la 23° heure. Il a participé au siège de Raqqa. Les djihadistes ont fini par s’enfuir. Les Kurdes n’ont pas savouré longtemps leur victoire. Les Turcs sont passés à l’offensive pour écraser ce Kurdistan naissant.

Est ce qu’il y a beaucoup d’étrangers auprès des Kurdes ?

Il y en a eu plusieurs centaines. Trente sont morts au combat. Avant hier, un Espagnol et un Hollandais ont ainsi été tués. Pour les Kurdes, ce sont des martyrs. Pour les Turcs, des terroristes. Pour l’Europe, un casse-tête. Les Allemands rasent les murs, c’est une manie. Trop de Kurdes et trop de Turcs Outre-Rhin.
Les Anglais arrêtent, jugent et condamnent au motif que tuer des gens loin de chez soi, c’est toujours tuer. Pour les Français, ces combattants ne relèvent pas des lois anti-terroristes. Daech étant l’incarnation du mal, le combattre, c’est résister.

La résistance, c’est un idéal qui se moque des frontières, des lois de la guerre et des résolutions de l’ONU, notamment celles qui interdisent le mercenariat. Mais avec ce raisonnement, il faudrait mettre le nom d’Olivier Le Clainche sur le monument aux morts de Malestroit.
Pire : on légitime aussi les Français radicalisés qui se sont engagés contre Bachar-el-Assad.