Tunisie : Emmanuel Macron en fait-il assez ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Emmanuel Macron à Tunis. Ce mercredi, il a promis une aide de 150 millions d’euros. Ce jeudi,  discours au parlement, clôture d’un forum économique, inauguration de l’Alliance française et promenade dans la médina. 

On dirait du Chirac ou du Hollande !  Le programme présidentiel à Tunis est aussi imprévu que celui d’un tour operator à Djerba. C’est du low-cost. Ici, le thé à la menthe offert à la réception. Et là, des salamalecs sur la démocratie printanière et un partenariat économique riquiqui.

Pourtant, il y a urgence. La crise sociale est profonde, le pays comme une cocotte-minute. La menace terroriste est à la porte. Lampedusa à quelques heures de mer. Mais la France et l’Europe semblent impuissantes à soutenir ce pays qu’elles citent en exemple…

Emmanuel Macron dit que c’est le seul pays où le printemps arabe ait bien tourné.

C’est vrai mais c’est court. Longtemps, les Français ont cru qu’ils connaissaient la Tunisie. La tolérance, le statut des femmes, les entrepreneurs inventifs, une population très éduquée. Il y avait un pays derrière la plage mais c’était terra incognita. Le tourisme de masse étouffait la plainte d’une société rackettée par le clan Ben Ali. Des privilégiés avaient leurs habitudes là-bas et respectaient l’omerta. Certains jouissaient d’une impunité scandaleuse, que ce soit dans la chasse aux moins de seize ans ou l’évasion fiscale.

Et puis, la façade s’est effondrée. Ben Ali est tombé comme un fruit pourri. Mais l’image du pays aussi. Le Tunisien, ce n’est plus l’épicier du quartier et l’hôtelier des vacances, tous deux si complaisants. C’est un désespéré qui s’immole pour dénoncer l’injustice, une foule fiévreuse, des islamistes qui raflent le pouvoir, des terroristes à l’assaut d’une police désarmée. Même les Tunisiens de France, si bien intégrés votent massivement pour le parti Enhada. Et 5.000  djihadistes s’enrôlent comme fantassins de la terreur en Syrie.

Difficile de faire la synthèse, la carte postale et le chaos.

Emmanuel Macron veut "accompagner" la jeunesse.

Emmanuel Macron fait la tournée du Maghreb en coup de vent, 24 heures à Tunis, après la visite express au roi du Maroc et l’aller-retour à Alger. Alors qu’il faudrait consacrer à ces pays autant d’attention, d’inventivité commerciale, d’ambition politique qu’aux pays du Golfe et du Moyen-Orient auxquels on vend des armes lourdes mais où l’on reste des seconds couteaux.

La France tient à sa politique arabe.

C’est un mirage. Elle a séché sur pied, épuisé par notre alignement sur les États-Unis. En revanche, il y a une politique à réinventer avec le Maghreb. Cela réclame de l’imagination, du sur-mesure, du courage. De se  concentrer sur ce voisinage immédiat. Il conditionne notre avenir. Mille liens l’unissent à la France et on fait plus d’affaires avec lui qu’avec tous les autres pays arabes, 50% en plus. 80% de l’immigration arabe en France vient du Maghreb.

Enfin, est-il besoin de rappeler que pratiquement 100% des terroristes qui ont frappé la France étaient d’origine nord-africaine ? Tout cela impose une politique ambitieuse, pas une entraide à 150 millions sur trois ans.