Tournant dans la guerre au Yémen

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Un tournant dans la guerre au Yémen.
C’est une guerre difficile à raconter parce qu’au Yémen, il y a en même temps toutes les guerres qu’on peut étudier à l’école de guerre. Imaginez une poupée gigogne. Au centre, l’éternelle lutte des clans pour le pouvoir. Le Président Ali Abdallah Saleh a régné pendant 34 ans, le printemps arabe lui a fait lâcher prise. Après c’est ethnique, le nord contre le sud. Sur cette guerre civile, se greffe la lutte entre l’Arabie d’un coté, les Perses de l’autre et donc la guerre de religions entre sunnites et chiites. Ajoutez à cela, Al Qaida dans la péninsule arabique qui s’est taillé un fief. Et les djihadistes de Daech qui font souche. Vous avez donc en prime la guerre urbaine et la guerre terroriste.
Tout cela fait une mêlée confuse, avec beaucoup trop d’acteurs.
Bref, si le Yémen contemporain n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer.  Il n’y aurait que le Yémen de jadis, qu’on appelait l’Arabie heureuse, avec son architecture merveilleuse et la langue arabe la plus pure qu’on puisse entendre…
Mais si on veut résumer, il y a des rebelles, les Houties. Avec Saleh qui veut redevenir président, (après 34 ans, c’est normal, il est en manque). Et en face, il y a son successeur, des milices tribales, des terroristes et il  y a surtout, l’Arabie saoudite.
C’est la guerre du Prince héritier, Mohamed Ben Salman.

Il y a trois ans, MBS était seulement ministre de la Défense. Il a rassemblé une coalition de pays arabes pour cette campagne aérienne. Echec total : il n’a rien réglé, il a tout aggravé. Des bombardements, qui ne sont pas des frappes chirurgicales mais de la boucherie, 9.000 morts, 40.000 blessés, 3,5 millions de déplacés. L’Onu sonne le tocsin. Depuis un mois, la pire crise humanitaire du moment s’aggrave parce que les Saoudiens impose un blocus, étranglant la population.

Qu’est ce qui vient de se passer ?

Ali Abdallah Saleh, touché par une sorte de Pentecôte. Il demande grâce : "J’en appelle à nos frères des Etats voisins pour lever le blocus, ouvrir les aéroports et autoriser l’accès de l’aide alimentaire, en protégeant les blessés et nous tournerons une nouvelle page".
Bref, il trahit les Houtis, il est passé à l’ennemi ! Evidemment, les Houtis sont furieux et les alliés d’hier s’entretuent dans les rues de la capitale. L’aviation saoudienne soutient désormais les hommes de Saleh.

Conclusion ?

MBS tient sa première victoire. Il l’a obtenue avec le blocus, en étant impitoyable. Mauvaise nouvelle pour les princes et les milliardaires qu’il détient au Ritz Carlton à Ryad. Cela fait un mois jour pour jour qu’ils sont interrogés. Qu’ils cherchent à sauver leur fortune. Son succès au Yémen, ne va pas inciter le Prince aux palabres et à l’indulgence.