Syrie : le sursaut de Daech qui a reconquis une place forte

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Au moins 53 personnes ont été tuées lundi dans des raids aériens sur un marché d'une localité rebelle, dans une zone du nord de la Syrie. Mais les batailles d’arrière-garde n’intéressent personne.

La guerre continue en Syrie. Plus de cinquante personnes sont mortes lundi dans le bombardement d’un marché, dans une ville tenue par les rebelles (Atareb) au nord de la Syrie. Mais les batailles d’arrière-garde n’intéressent personne. La souffrance est superflue. Pourquoi s’acharner ? À côté de La Baule, il n’y a jamais un chat, ou plutôt il n’y a que les chats qui visitent le cimetière militaire où sont oubliés, les soldats allemands qui ont tenus la poche de Saint-Nazaire pendant onze mois après le débarquement de Normandie. Personne : ils sont morts deux fois.

Boukamal ne suscite qu'indifférence. De même, la contre-attaque de Daech ce week-end à Boukamal ne suscite qu’indifférence. Boukamal, c’est tout ce qui reste du califat. Une ville fantôme, près de la frontière irakienne. Jeudi, les djihadistes ont été chassés par l’armée syrienne, les miliciens chiites, les bombardiers russes. Mais dans la nuit, ils sont revenus. Ils sont passés par les souterrains. Les combats ont été acharnés. Avec kamikazes et voitures piégées. Samedi, le drapeau noir du califat flottait de nouveau sur la ville. Évidemment, il ne va pas y rester longtemps.

Russes et Américains vont imposer un partage du pouvoir. Quel est l’enjeu de la bataille ? Quand il n’y en a aucun, on dit que l’enjeu est symbolique. La furie du week-end est un contrepoint à Donald Trump et Vladimir Poutine qui sont tombés d’accord au même moment, mais à des milliers de kilomètres de ce coin de désert, pour dire qu’il n’y aurait pas de solution militaire en Syrie. Russes et Américains vont imposer un partage du pouvoir, comme en Irak. Les vraies négociations peuvent débuter à Genève.

Mais sur le terrain, qu’est ce qui s’est passé à Boukamal, après la contre-attaque ? Les assaillants se sont repliés à deux kilomètres et ils ont arrosés à coup de canons les villages alentour. L’aviation aussi. Bilan : une cinquantaine de morts dans les familles qui avaient fui la ville, surtout des femmes et des enfants.

Des représailles ciblées. Mais il ne s'agit pas de bavures. Ce sont des représailles ciblées. Il faut parler de terreur. Les miliciens chiites iraniens, irakiens et libanais ont fait payer leur humiliation aux Syriens sunnites du coin. Amnesty International a publié lundi un rapport sur les accords de réconciliation locaux mis en œuvre depuis un an. L’armée régulière ou les djihadistes lèvent le siège d’une ville. En échange, les opposants vont se faire pendre ailleurs. En réalité, cette solution négociée ne laisse qu’un choix aux civils : partir ou mourir. Quand on regarde la carte, on voit que cela se fait loin du front, loin de tout objectif militaire.

Hitler voulait garder Saint Nazaire au cas où il réussirait à renverser le cours de la guerre. Il voulait une base sous-marine pour sa prochaine campagne. En Syrie, c’est pareil. Le nettoyage ethnique et les représailles sur les civils préparent la prochaine guerre, avant même que l’actuelle soit terminée.