Syrie : la chute de Raqqa, une date à retenir

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Au lendemain de la chute de Raqqa, est-ce qu’on y voit plus clair sur ce que va devenir l’État Islamique.

On devrait dire la libération de Raqqa, la chute, c’est quand la ville tombe aux mains de l’ennemi. Mais on a du mal à parler de la libération de Raqqa. La libération comme une renaissance… Sans doute parce que la ville est un amas de ruines, que le siège a duré longtemps et que la bataille finale menée par les miliciens kurdes épaulés par des forces spéciales françaises et américaines a eu un dénouement obscur.
C’est dans l’ombre que les palabres se sont nouées et que 275 djihadistes syriens ont négocié un sauf conduit, dans la nuit de dimanche. Ils sont montés dans des bus et sont allés se faire pendre ailleurs, en échange de la libération des civils dont ils se servaient comme bouclier humain. Ils ont abandonnés derrière eux les étrangers, les demi-soldes du djihad planétaire, les enragés venus d’Europe, du Maghreb ou du Caucase, retranchés dans le stade et l’hôpital.
Ceux auquel Françoise Parly, la Ministre des Armées souhaitait la mort, avec une franchise inhabituelle au sommet de l’État. A la guerre, il y a des questions qui ne se posent pas. Ceux qui déplorent sans preuve les exécutions sommaires devraient se souvenir que les SS français de la Division Charlemagne qui ont été les derniers à défendre le bunker d’Hitler dans Berlin dévasté ont été collés au poteau d’exécution sans autre forme de procès quand ils ont été capturés.

Ni larmes, ni joie donc !

Il y a eu des tirs de joie, mission accomplie. Des peshmergas ont fait quelques pas de danse sur la place Al Naïm où avaient lieu les exécutions publiques, tout ça très retenu. Ce qui domine, c’est un soulagement : le centre de commandement des opérations extérieures qui a planifié les attentats de Paris et de Bruxelles a été rasé. Sans que la secte déclenche l’apocalypse comme certains le craignaient, pas de bombe sale, ni d’attentat chimique.

Quelle est la suite ?

Après la bataille, d’autres batailles. Plusieurs milliers de djihadistes ont fui Raqqa et se sont repliés au sud, ils seraient de 12.000 à 15.000 dans la vallée de l’Euphrate. D’autres sont assiégés à Deir Ezzor, dernière ville qu’ils tiennent. Tôt ou tard, Aboubacar El Bagdadi sera comme Saddam Hussein, trahi et exhibé comme une bête. Ou bien, il finira en pantin désarticulé, entre deux rochers comme Abou Zaïd, l’émir d’Al Qaida au Sahel. Ce jour-là, il y aura bien quelqu’un à Paris pour ouvrir une bouteille de champagne.
Mais la victoire serait une vraie paix. En Syrie, elle est hors de portée, elle va le rester. Ailleurs, chacun sait que la fin du sanctuaire, ce n’est pas la fin du terrorisme qui a essaimé comme un cancer. Ici, le combat va continuer pour neutraliser les revenants du djihad et les autodidactes du terrorisme qui n’ont pas besoin d’aller au soleil pour s’endurcir.