Slobodan Praljak est "un kamikaze qui a voulu assassiner le TPIY"

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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ÉDITO - Jeudi matin, Vincent Hervouët revient sur le suicide en direct au tribunal pénal international de l'ancien chef militaire des Croates de Bosnie.

Slobodan Praljak a réussi sa sortie comme on dit au théâtre. Et il avait été directeur de théâtre, par goût de la comédie, avant que la guerre civile lui donne un premier rôle dans la tragédie yougoslave. Hier, il a joué sa dernière représentation : texte laconique, mise en scène minimale et audience maximum grâce aux caméras du tribunal qui retransmettaient le procès. Le monde redevenu totalement indifférent au sort des Balkans découvre Slobodan Praljak quand il claque la porte. Grâce à internet, il ne va plus cesser de mourir en direct. Cette vidéo obscène où il sort une fiole et l’avale n’a pas fini de nous empoisonner

On peut tuer, faire tuer, sans être un criminel

On peut comprendre qu’un septuagénaire refuse de finir sa vie en prison et la peine capitale, immédiate et sur scène, peut sembler préférable à un milicien. Mais Praljak ne s’est pas contenté de dégrader le tribunal en en faisant une scène de crime et de discréditer ses juges. C’est un kamikaze qui a voulu assassiner le TPIY. Mission accomplie.

Il a protesté contre le verdict. Mais pas en se prétendant innocent, comme le font la plupart des condamnés. Hier, le milicien a dit précisément : "je rejette votre verdict, Praljak n’est pas un criminel !". On peut tuer, faire tuer, sans être un criminel. Ça s’appelle la guerre. On peut même être directeur de théâtre et se retrouver général, c’est la guerre civile.

La Croatie a de bonnes raisons de récuser le TPIY

"Praljak n’est pas un criminel", sera son épitaphe. Les plus hautes autorités de Croatie pensent la même chose. Le premier ministre dénonce "une profonde injustice morale". La présidente rentre précipitamment de voyage et dit : "il incarnait la vérité qu’il a sans cesse défendue". Ce n’est pas la solidarité dans le crime de vieux miliciens. Ce sont des dirigeants jeunes, à la tête d’une démocratie, membre de l’union Européenne.

Et ils ont de bonnes raisons de récuser le TPIY. La semaine dernière, il a condamné pour génocide Ratko Mladic le chef des serbes de Bosnie. Cette semaine, un souci d’équilibre lui a fait condamner une demi-douzaine de croates de Bosnie, des sous-chefs pour crimes contre l’humanité. Et la Croatie elle-même est pointée du doigt pour avoir voulu annexer une partie de la Bosnie, sans que la Serbie ait été mise en cause.

Le TPIY, une justice tatillonne et implacable

Le TPIY devra expliquer comment le condamné a pu obtenir du poison et pourquoi les secours ont mis si longtemps. Le TPIY avait déjà perdu ses clients en route. On se souvient de Milosevic qui voulait se faire opérer en Allemagne et que le tribunal a soupçonné de simuler, même après sa mort, un comble.  

C’est un système kafkaien, une justice tatillone et implacable, rendue dans une langue étrangère, par des magistrats étranges, sensibles à toutes sortes d’influences politiques, dans la petite capitale d’un empire évanoui qui se veut le Vatican du droit. Au-delà, c’est la justice pénale internationale qui est remise en cause. Elle a été une des promesses de la mondialisation. L’idée d’une démocratisation de la gouvernance mondiale, un contrat social à l’échelle globale. Mais ne finissent à la Haye que des gens des Balkans ou d’Afrique. Et on ne trouve en Afrique ou dans les Balkans que des gens qui s’en plaignent.