Riyad : Macron se pique au jeu de la diplomatie

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Emmanuel Macron a bousculé le programme de sa visite dans le Golfe. Avant de rentrer à Paris, il s’est rendu en Arabie Saoudite et il a diné avec le prince héritier.

Cette escale à Ryad, c’est un raid diplomatique. Le Président prend des risques. Il s’adapte. Il ne se contente pas de visiter le musée, passer les troupes en revue, vendre des corvettes, bref de faire le métier de président en visite officielle aux Emirats, comme si de rien n’était, alors que le géant voisin est entré en convulsions, avec ces princes et ces milliardaires enfermés dans un palace, dormant par terre dans la salle des fêtes, que le Liban s’en trouve décapité et son premier ministre gardé à vue, que Ryad est bombardé et riposte en affamant les Yéménites, et que menace le grand règlement de comptes attendu depuis des siècles entre les Perses et les Arabes.
C’est tout cela qui s’est passé depuis six jours dans le Golfe. Une invraisemblable accélération de l’histoire, avec risque de sortie de route.
Emmanuel Macron était au mauvais endroit au mauvais moment. En même temps, c’est sa chance. Il l’a saisie.

Qu’est-ce que la France a à dire aux Saoudiens ?

Que la région a besoin de stabilité, pas d’une guerre supplémentaire. Qu’on ne peut pas couper la tête de tous les voleurs, même quand ce sont des faux frères, ni maintenir des peuples entiers la tête sous l’eau, même si ce sont des chiens d’Iraniens. Plus concrètement, que ce serait bien de laisser Saad Hariri finir son boulot de Premier ministre. Qu’il faut dissuader l’Iran de se doter de la bombe atomique et des lanceurs, pas déchirer l’accord qu’ils respectent à peu près. Les Iraniens viennent de gagner la guerre en Syrie que les Arabes ont perdu et nous avec : avant d’engager la deuxième manche, cela vaut la peine d’en parler. Etc. Faire de la politique. Avoir une politique arabe.

Et il a une chance d’être entendu ?

Le Prince Mohamed Ben Sultan joue sa tête, il ne fait pas de phrases. Il est d’une nouvelle génération, ses amis aussi, le prince héritier des Emirats et le gendre de Trump, Jared Kouchner. Tout nouveau, tout beau. Ce sont les trois mousquetaires.
Macron n’est pas le quatrième mais ils ont des points communs. Pour le reste, les Français adorent donner des leçons au monde entier qu’il laisse indifférent. Emmanuel Macron expliquant l’Islam aux Arabes avant-hier à deux pas de la Mecque, c’était pas mal dans le genre. Il a dénoncé "les menteurs qui prétendent que l’Islam exclut les autres religions", il faut quand même oser le dire, à la porte de l’Arabie saoudite où travaillent des millions de chrétiens sans avoir droit à une église, ni de posséder une croix ou de lire une bible.