Arabie saoudite : la purge parmi des personnalités de haut rang qui en dit long

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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L'Arabie saoudite est sous le choc. Une commission anticorruption a été nommée samedi, et a aussitôt jeté en prison une douzaine de princes, quatre ministres en exercice et des dizaines d'anciens ministres.

C'est la rafle la plus chic de l’année. Tout un "who’s who" qui se fait embarquer. Il y aurait vingt mille princes en Arabie saoudite, et peu de charmants. De quoi rendre fous les concierges de palaces, les vendeurs de Ferrari et les Ukrainiennes qui aiment les cheikhs et le cash aussi. 

Des personnalités de haut rang en prison. Les suspects sont des princes de première classe. Le fils du roi Abdallah, le prince Mutaïb était à la tête de la garde nationale, l’armée des tribus, un intouchable. Son cousin, le prince Walid Ben Talal, a déjà été vu à la télé dans le pied à terre qu’il s’est acheté à Paris, le Georges V. Il adore jouer au philosophe quand il va déjeuner à l’Élysée, et ce serait l’homme d’affaires le plus influent du Moyen Orient. Au gnouf aussi les propriétaires d’ArabSat ou de MBC et Bakr Ben Laden, le demi-frère d’Oussama. Un Ben Laden en prison, mais pas à Guantanamo : le monde est imparfait. Sans parler du ministre de l’Economie ou du patron de la marine nationale. Tous arrêtés ou limogés. Une purge au sommet avec un prétexte cynique, interdire la corruption en Arabie saoudite. C'est aussi improbable que d’y ouvrir une charcuterie. 

Des rivalités familiales. Alors pourquoi le Prince héritier s’en prend-il à ces hommes puissants dont certains sont ses cousins germains ? Justement parce qu’ils sont ses semblables et donc ses rivaux. On se hait encore mieux en famille. En deux ans, Mohamed Ben Salman a concentré tous les pouvoirs entre ses mains. En juin, il a réussi à évincer le prince héritier que toute la famille trouvait légitime. Mohamed Ben Salmane a trente ans, ça veut dire qu’il va rester des décennies au pouvoir s’il garde la tête sur les épaules. L’alternance des clans, c’est fini. Le saupoudrage général des rentes, aussi. On passe d’une monarchie débonnaire et cacochyme à la tyrannie d’un seul.

Le soutien du peuple et des Etats-Unis. Le Principe héritier peut compter sur le soutien du roi, qui ne lui refuse rien. Mais aussi celui de la jeunesse, à laquelle il promet la modernité, de la classe moyenne qu’angoisse le chômage à 40%, et des femmes qu’il veut émanciper. Mais surtout, il y a Donald Trump. Le prince a été le premier étranger reçu à la Maison-Blanche. Le premier que Trump ait visité à domicile. Entre ces deux-là, il y a un pacte, contre les terroristes sunnites, et contre l’Iran chiite.

Les conséquences pour le Moyen Orient sont incalculables. La première a été immédiate : le Premier ministre libanais, Saad Harriri n’a pas été limogé par Ben Salmane mais il est venu à Ryad sa ville natale. Et il a démissionné en dénonçant le Hezbollah et les Iraniens qui le menacent. Autrement dit, il n’y a pas que le George V qui soit décapité. Après la Syrie, le Liban redevient pour son malheur le champs clos de la guerre entre Sunnites et Chiites.