Mladic, Bombay et Hariri : l'intérêt de la justice internationale face à l'impunité

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Le tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie a condamné le chef militaire des serbes de Bosnie à la perpétuité. C’est un soulagement pour les victimes. Un scandale pour les Serbes de Bosnie.

Le général Ratko Mladic finira sa vie derrière les barreaux. Ses partisans prétendent qu’il aurait échappé à la perpétuité s’il avait été jugé par une cour martiale ou par un tribunal en Serbie. En somme par des gens qui s’y connaissent, sans illusions sur la sauvagerie de la guerre en Yougoslavie. Evidemment, avec un des leurs, les juges auraient eu la main moins lourde ! Le plus probable, c’est que le chef des Serbes de Bosnie courrait toujours s’il n’y avait pas eu le Tpiy.

Les Serbes disent qu’il sert de bouc émissaire.

la justice est comme l’histoire, écrite par les vainqueurs. La plupart des condamnés sont serbes et les Serbes ont perdu toutes les guerres, incapables de sauver la Yougoslavie ou même de conserver le Kosovo. Et sans doute que la morale n’y trouve pas son compte ou qu’il y aurait à dire sur le plan du droit. Mais l’impunité est un poison bien pire.

L’impunité a une patrie, le Liban !

À l’heure précise où Ratko Mladic quittait la salle d’audience, Saad Hariri reprenait sa place de Premier ministre pour assister au défilé de l’armée libanaise. Le Président Aoun lui a demandé un sursis pour trouver un successeur ou un arrangement. Même le Hezbollah se satisfait de ce pis-aller. Les enturbannés sont magnanimes. Sous la pression des Saoudiens, Saad Hariri les avait accusés de déstabiliser la région et de menacer sa vie. Rien que ça. Ce réquisitoire est oublié, pardonné. Soulagement général.
Depuis des années, Saad baise les brodequins et les babouches de ceux qu’on soupçonne d’avoir assassiné son père.
La vie politique au Liban est corrompue par la culture de l’impunité. Les anciens chefs de guerre qu’on accueille volontiers à Paris sont couverts de sang. Ça se voit moins sur les tapis rouges. En échange, au moins, ils ont déposé les armes. Pas le Hezbollah.

Qu’est-ce que cela change pour la justice ?

Le Hezbollah serait moins arrogant s’il avait rendu des comptes. Par exemple, sur les otages français, c’était à ses débuts. Ou sur l’assassinat de Rafic Hariri. Il y a un tribunal spécial des Nations Unies pour le Liban. En dix ans, il a dépensé plus d’un milliard de dollars mais les résultats de son enquête restent secrets. Car c’est un tribunal hybride : il siège à Beyrouth, il n’est pas hors sol. C’est aux juges libanais de publier les mises en accusation. Évidemment, les juges se taisent, ils ont peur. Et le Hezbollah règne, fort de son impunité.
Conclusion : Si Mladic était ministre des Anciens combattants, la Serbie continuerait de marcher sur les pieds de ses voisins.
La justice internationale n’est pas affaire de morale, ni même de droit, c’est un outil politique.