MBS à Paris : Les limites de l'habileté et du "en même temps" de Macron en politique étrangère

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La venue de Mohamed Ben Salmane, le prince héritier d’Arabie Saoudite en France. Il vient les mains vides.
Un Saoudien qui n’achète rien à Paris. C’est aussi déprimant que mille et une nuits sans conte… sans un seul compte-chèque à débiter.
En même temps, la dernière visite de Mohamed Ben Salmane en France, c’était il y a 3 ans. Son père venait de monter sur le trône. Ils ont débarqué à Vallauris, fin juillet, le roi, son fils et la cour, 800 personnes. Cela faisait 25 ans que le château Aurore restait inhabité. Le roi a dit, "la France, c’est pour nous la liberté et la décontraction".
Une semaine après, il s’enfuyait.
Une semaine de polémiques, de manifestations, de crimes de lèse-majesté. Les trois cents mètres de plage au pied de la propriété avaient été privatisés, et ce privilège a réveillé les sans-culottes de Vallauris.
Les riches sont susceptibles. Les Saoudiens sont très riches et très susceptibles.
En 1988, le roi Fahd avait un château près de Versailles et il voulait une bretelle d’autoroute. L’affaire s’est sue, provoquant l’indignation des belles âmes.
Fahd n’a jamais remis ses babouches en France.
Depuis hier, les Autorités marchent sur des œufs avec Mohamed Ben Salman. Si c’était la saison, on lui aurait privatisé Paris-Plage.
Il a signé beaucoup de contrats en Grande Bretagne et aux États-Unis où il vient de passer trois semaines.
Les Anglo-saxons lui ont fait les poches.
Il y a une logique politique. Le premier voyage à l’étranger de Donald Trump a été pour Ryad. Et MBS son premier visiteur dans le bureau ovale. Le vieux Président et le jeune prince ont renoué le lien stratégique entre les deux pays, mis à mal par Obama. Ils ont scellé une alliance baroque. L’un aurait promis la fin du soutien au djihad mondial. L’autre de maintenir l’Iran la tête sous l’eau. En prime, ils imaginent de régler le conflit israélo-Palestinien.
Ces rêves pèsent plus lourd que les vacances à Vallauris...
Mardi, nouvelle rencontre avec Emmanuel Macron.
La première à Ryad, en novembre, s’est mal passée. Le Président a obtenu la libération du Premier ministre libanais qui était séquestré mais il paraît que l’échange a été viril.
Emmanuel Macron doit démontrer à son hôte ombrageux qu’on peut être son ami et « en même temps », celui du Qatar qui vient de nous signer pour 11 milliards d’euros de contrat. Qu’on peut soutenir la modernisation du royaume saoudien et « en même temps » parier sur l’ouverture de l’Iran pacifique et dénucléarisé.
Le code des Bédouins n’a pas été inspiré par Paul Ricoeur. MBS est un prince assez frustre qui pense que l’ami de mon ennemi n’est pas mon ami.
Emmanuel Macron a deux atouts.
On aide les Saoudiens dans la sale guerre au Yemen.  
Et avec eux, on vient de perdre celle que l’on faisait à Bachar el Assad.
Le bombardement de cette nuit contre une base aérienne, s’il s’agit d’un raid français fera plaisir à MBS. Il pourrait même y voir un feu d’artifices pour fêter sa venue.