Macron à Ouagadougou : le fond

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Emmanuel Macron a passé avec brio son grand oral africain à la faculté de Ouagadougou, ce mardi.
Il faut l’avouer, les grands discours, on s’en souvient à peine. Il surnage une phrase de la harangue de Villepin à l’Onu, le vieux pays d’un vieux continent. De tous les discours de Jacques  Chirac, un seul mot, multipolaire. De Sarkozy à Dakar, un contre-sens sur l’homme africain qui n’est pas entré dans l’histoire. Obama a dit ensuite la même chose à Accra mais il a fait un tabac. Pourquoi ? Parce que c’est Obama.
Hier Emmanuel Macron a réussi son grand Oral alors qu’il a répété à peu près la même chose que ses prédécesseurs. Que la Françafrique, c’est fini. Mais que la France reste l’avocat de l’Afrique dans le monde. Que l’Afrique, c’est l’avenir, mais que la démographie, la corruption, le changement climatique, sont des défis à relever ensemble.
Il a répété le même refrain mais il a été applaudi. Le discours n’avait rien de visionnaire mais Ouagadougou va rester. C’est le jeu des questions-réponse, ce moment de télé réalité qui fait sens.
Qu’est ce qu’il signifie et pourquoi est-ce que cela a marché ?
Parce que c’est un formidable chauffeur de salle, (même après avoir fait installer la climatisation dans l’amphithéâtre). On se dit d’abord qu’il aime les discours à l’université, l’Europe à la Sorbonne, l’Afrique à la fac burkinabé parce qu’il repasse tout le temps Normale Sup. Mais c’est plutôt sur l’estrade des cours de théâtre de sa première a Amiens qu’il est brillant, qu’il est survolé, qu’il brûle les planches. Dans l’improvisation, il n’a peur de rien, il l’a dit.
Les Africains ont l’habitude des généraux présidents, des capitaines présidents, là ils ont eu le prof président et c’est une vedette.
Il les a désarmé, parce qu’il est nouveau et que les étudiants Africains ne l’ont pas vu pendant des années aux côtés de leurs propres dirigeants affichant une amitié suspecte. Surtout, il est de leur génération et il a le culot de se prétendre étranger au ressentiment qui est né de la colonisation puis de la décolonisation. Il est le Président mais il fait comme si le passé de la République ne l’engageait pas, comme s’il était à peine au courant de ces vieilles lunes, l’épopée coloniale, l’amertume qui a suivi. Dans l’histoire de l’Afrique, ll n’y a plus rien entre Lucie notre arrière grand mère et Mandela, notre grand père ! D’ailleurs, quand les Burkinabé lui demandent des comptes sur ce que la France sait du complot contre Thomas Sankara, il répond qu’il n’a rien dans les poches, rien sur la conscience, il ouvre les archives.
Est-ce qu’une fois l’émotion retombée, cela instaure une nouvelle relation ?

Hier, le tour de passe-passe a a été efficace. L’auditoire s’est laissé prendre par tant de séduction, de cabotinage. Enlevez le soupçon et oubliez la françafrique, vous découvrez que la République cherche à se rendre utile, qu’elle est soucieuse d’équilibres, qu’elle travaille au bien commun…
Est ce que cela suffira à désarmer l’hostilité qui monte contre les Français en Afrique de l’ouest et qu’illustre le caillassage hier d’un des minibus du convoi à Ouagadougou ? Est-ce que c’est le début d’une catharsis, pour se débarrasser du refoulé colonial ? Un show télévisé ne suffit pas à faire l’histoire ni une psychanalyse.