L'Irak célèbre sa victoire sur Daech mais personne ne croit à la paix

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

C’était ce dimanche à Bagdad, le défilé de la victoire.
Daech a été chassé des villes et des bleds, ça se fête. Mais il y avait beaucoup moins de monde pour le défilé de la victoire à Bagdad que sur  les Champs Elysées pour Johnny. Et pour cause : les militaires ont paradé dans la zone verte, cette ville dans la ville, où les administrations et la plupart des ambassades sont retranchées, à l’abri d’un dispositif de sécurité. La zone verte, c’est la cité interdite. Un État hors sol. On pourrait être sur la lune. C’est l’héritage des Américains, toujours soucieux de se protéger de l’autochtone. On cherche les fast-food. D’ailleurs, on les trouve.
Bref, les Bagdadis ont juste aperçu les hélicos qui volaient en faisant flotter le drapeau national, comme aux temps épiques de Saddam Hussein. Le reste, ils l’ont découvert à la télé.
Et comme tout ce qui passe à la télé irakienne depuis toujours est soumis à la censure, donc pas en direct, ils y ont vu de la propagande
Pourquoi douter du défilé ?
L’armée régulière parade. Mais les Kurdes qui étaient en première ligne n’étaient même pas cités dans le discours du Premier ministre Haïdar el Abadi. Il s’est rattrapé après mais son oubli est éloquent. Les soldats ont défilé et leurs rangs bien alignés formaient l’expression, "Défilé de la victoire", mais les milices chiites qui ont fait la sale guerre, encadré par des Gardiens de la révolution iraniens, qui ont fait notamment beaucoup de crimes de guerre à Tikrīt, Faludja et après la chute de Mossoul, ces 150 000 miliciens sont restés cantonnés en coulisse. Ce sont eux qui ont chassé les peshmergas de Kirkuk et poussé dehors les civils kurdes. C’est une armée de guerre civile qui n’a pas l’intention de raccrocher.
Le 10 décembre sera désormais jour de fête nationale ?
L’Irak célèbre la fin de la guerre. On se demande laquelle. Depuis l’automne 1980, le pays n’a jamais cessé d’être en guerre. A l’époque, c’était pour contrer la révolution islamique en Iran. Les Irakiens se sont sacrifiés pour les autres, les pays arabes conservateurs, ceux du Golfe notamment. Cette guerre ratée a entrainé toutes celles qui ont suivies. Comme si les Irakiens avaient ouvert la boite de Pandore en 1980. Depuis 37 ans, tous les maux de l’humanité les accablent. Le pays le plus développé du monde arabe est retourné quelques siècles en arrière. Du Moyen Orient au Moyen-Age. Les tribus, les milices, les enragés sunnites qui ont fait Daech et qui re-feront Al Qaida sont les grandes compagnies du Moyen-Age.
Pour échapper à sa malédiction et que la fête soit vraiment nationale, il faudrait que l’Etat croupion s’affranchisse des clans, de la corruption générale, de son voisin iranien. Pourquoi pas ? A regarder Haïdar el Abadi, assis seul sur son trône, en hauteur et admirant ses petits soldats, on se disait hier que le rais était de retour.