Les ventes d'armes en hausse dans un monde moins dangereux

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Pour la première fois, après cinq années consécutives de baisse, les ventes d’armes dans le monde sont reparties à la hausse.

C’est ce qui ressort du rapport du SIPRI, l’institut international de recherches sur la Paix de Stockholm qui fait autorité. Il passe en revue les cent premières entreprises du monde de l’armement. Leur chiffre d’affaires montre un retournement de tendance, les ventes augmentent, elles ont atteint en 2016, 375 milliards de dollars.
Qui achète ? Surtout les pays Arabes qui ont peur de l’Iran, les Asiatiques qui ont peur de la Chine.
Qui vend ? Je ne sais pas s’il faut pousser un cocorico, la France est sur le podium des exportations, à la troisième place, après les États Unis, leader écrasant, et les Russes. On dépasse d’une crosse les Allemands et les Britanniques.
Mais cela ne surprendra personne, puisqu’à chaque fois qu’on vend un Rafale, une Frégate ou un canon de campagne, les médias parlent du contrat du siècle et les dirigeants politiques prennent un air modeste. Nos voisins sont plus discrets.

Est-ce que la course aux armements est relancée ?

Quand on dit course à l’armement, on pense que le monde court à la guerre. La réponse est non.
Le monde est plus instable, c’est vrai. L’équilibre de la terreur a disparu. L’ONU est dévaluée, surtout depuis la Syrie. Les diplomates aussi, un Président comme Donald Trump préfère s’entourer de généraux.
Tout cela inquiète. Mais les États ne se font plus la guerre, à l’ancienne. On compte une cinquantaine de conflits en cours. Ce sont des guerres internes, des guerres civiles, des pays qui sombrent dans l’anarchie, des régimes faillis. Une cinquantaine de guerres et seulement deux conflits entre états. Deux conflits gelés. L’Inde et le Pakistan qui se tiennent en respect au Cachemire, et l’Erythrée et l’Ethiopie, peu tentés de remettre le couvert.

Alors, qu’est ce qui a changé ?

Avec l’info continue, la violence déboule en permanence dans le salon, la moquette est trempée du sang des Syriens, des Rohingas, de gens qui nous ressemblent fauchés par le terrorisme, d’Africains dont on ne sait même pas quelle langue ils parlent et pourquoi on les tue. Sans compter les Palestiniens, qui ont droit à un traitement à part, chaque mort est décompté, c’est à peine si on ignore l’âge et le nom du disparu.
Cette émotion ressassée, le sentiment d’impuissance qui en découle a des implications politiques. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

C’est à dire ?

La peur est partout, la guerre des marchands de canon nulle part. Prenez le 11 septembre. Il a frappé le monde entier, en faisant trois mille morts. C’est un acte de guerre, sans armes de guerre. Et il masque cette réalité : la décennie 2000/2010 a été la plus pacifique que le monde ait connue depuis près de deux cents ans, depuis 1840.
La violence d’État a fait un million de morts. C’est toujours trop mais c’est moins que la criminalité ordinaire au Brésil et en Afrique du sud pendant la même période.