Les indépendantistes n’ont pas gagné mais l’Espagne a perdu !

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

En Catalogne, les indépendantistes crient victoire et appellent à la grève générale.

À Barcelone, en Octobre 17, on a rejoué mai 68. Le gouvernement local avait appelé les Catalans à la désobéissance, ils s’en sont donnés à cœur Joie. Des militants ont occupé les écoles comme d’autres avaient occupé la Sorbonne. Ils ont campé, une vraie kermesse. La nuit à guetter la police, c’est excitant. Quand elle débarque, les braves gens lui tiennent tête en criant au fascisme. C’est édifiant. Les télés ont d’ailleurs diffusé en boucle ces images déjà vues, comme autant d’icônes d’une religion contemporaine.

C’est à dire ?

Le manifestant qui tend un bouquet d’œillet au flic qui reste impavide. La foule les mains ouvertes face au cordon de ninjas, avec bouclier et visière baissée. La porte vitrée qui éclate sous les coups des envahisseurs qui font peur… Partout, la violence policière, aveugle, injuste, à front de taureaux. Et en face, des innocents qui se drapent dans la bannière étoilée, un enfant sur les épaules de son père, si vulnérable. Des blessés qui saignent, mais dignes. Et le plus insoutenable, la ménagère de plus de soixante ans, avec boucle d’oreilles et son gilet en tricot sur lequel tire un cerbère en uniforme.
Comme toutes les corridas, celle d’hier à Barcelone a drainé une sacrée émotion. À la fin de la féria, on compte les bouses : le référendum n’est pas crédible, cette nuit le gouvernement n’a pas mis en œuvre sa loi de transition. Caramba, c’est encore raté !

Est-ce à dire que Madrid a gagné ?

Les séparatistes n’ont pas gagné, mais Madrid a perdu. Le gouvernement Rajoy s’est piégé. Envoyer la troupe pour empêcher les gens de voter a transformé les populistes catalans qui adorent se victimiser en défenseurs d’une liberté élémentaire. C’est une illusion d’optique ? Le miracle espagnol qu’on a tant vanté aussi. Il cachait un pays fragile. La corruption a miné le pacte démocratique : scandales à gauche d’abord, puis à droite, puis au-dessus, au sein même de la famille royale. Le gouvernement est faible, les deux derniers scrutins législatifs n’ont pas donné de majorité. La crise financière de 2008 à 2013 a relégué toute une génération. Enfin, les coups de butoir des attentats islamistes. Le mois dernier sur les ramblas après la tuerie, le roi Félipé et le premier ministre ont été copieusement hués. Une grande banderole osait dire : "votre politique, nos morts !" comme en 2004 après les attentats de Madrid.
Le populisme catalan a gagné la bataille de la propagande : il a l’avenir pour lui. Octobre 17 va accélérer la déconstruction. Les conséquences pour l’Europe ? A côté le Brexit apparaitra comme une querelle de voisinage.