Les émeutes au Kurdistan

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Des émeutes au Kurdistan, en Irak. Depuis lundi, les manifestants accusent leurs dirigeants de les avoir trahis, d’avoir ruiné la province en ratant l’indépendance.

C’est une histoire qu’on ne risque pas d’entendre à la radio de Barcelone. C’est un contre-exemple pour les Catalans. Ce qui se passe au Kurdistan est une douche froide pour ceux qui ignorent que la liberté coûte cher. Qu’elle peut même vous ruiner. Fin septembre, les Kurdes d’Irak ont voté pour l’indépendance. Référendum illégal selon Bagdad, évidemment. Un raz de marée pour le oui, évidemment. Il n’a impressionné personne. Le gouvernement irakien a décrété le blocus de la région, les voisins qui tiennent leur propres kurdes à l’œil ont applaudi, les grandes puissances ont laissé faire. Le pire, c’est que le régime irakien a envoyé l’armée qui a repris le contrôle de Kirkuk, la grande ville pétrolière que les peshmergas avaient annexée. Le robinet des pétrodollars s’est refermé. Du jour au lendemain, la moitié de la production en moins.
Ajoutez à cela le bouclage de l’espace aérien qui asphyxie cette région enclavée, et les habitants d’Erbil ont touché terre. C’est brutal. Depuis un quart de siècle, ils vivaient à crédit comme des pachas alors que le reste de l’Irak se débattait dans le chaos. soudain, ils se retrouvent assommés. Les Entreprises s’enfuient. Les salaires ne sont plus versées. L’électricité est coupée 20 heures par jour. On se croirait au Vénézuéla, mais sans le soleil.

Et la crise politique s’est ajoutée à la crise économique

Massoud Barzani, le Peshmerga suprême, l’indéboulonnable président est déboulonné. Il dénonce la trahison de ses rivaux. Clan contre clan, comme jamais. Il n’y a plus de président et aucune date pour une présidentielle, car personne n’est pressé de retourner voter. D’ailleurs, les Kurdes se sont mis soudain à détester les politiciens. Des incapables, des corrompus, des traitres. Les émeutiers se ruent sur les sièges des partis politiques pour y mettre le feu. Une vingtaine est partie en fumée.
Ici et là, la police a tiré en l’air puis elle a tiré dans le tas. On compte au moins cinq morts et 200 blessés. On n’ose parler de printemps kurde, c’est pas de saison mais la rage ne retombe pas, malgré le déploiement massif des forces de sécurité.

Mais est ce qu’il ne peut pas y avoir une sortie par le haut, une négociation avec le pouvoir central ?

Bagdad, joue le pourrissement. Il attend la banqueroute. Il veut réduire cette autonomie dont les Kurdes profitent depuis vingt-cinq ans, depuis que les Américains les ont protégés de Saddam Hussein. Les Kurdes ont fait la guerre à Daech et ils cru qu’ils seraient récompensés, qu’ils pourraient enfin instaurer l’Etat dont ils rêvent. C’est le contraire, le monde n’a plus besoin d’eux. Ils ont voulu forcer le destin. Il s’est vengé. On n’est pas en Catalogne. Quand on perd, on paie. On ne déménage pas à Bruxelles.
La tragédie Kurde n’est pas un conte de Noël.