Les chinois espionnent les chefs d'État africains qui se réunissent en sommet

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Les dirigeants d’Afrique sont réunis à Addis-Abeba pour le sommet de l’Union africaine. Et ils découvrent que depuis des années, la Chine écoute aux portes.

Au siège de l’Union africaine, la Chine écoutait aux portes mais elle était chez elle puisqu’elle avait livré la porte, le chambranle, le mur, l’étage, le building lui-même. L’Onu a sa tour de verre à Manhattan, l’Union africaine a la sienne à Addis Abeba, avec une sorte de soucoupe volante posée à ses pieds. Ce chantier à 200 millions de dollars a été offert clés en main par Pékin, il y a six ans.
À cheval donné, on ne regarde pas trop les dents. Les plans, les matériaux, les ouvriers, tout a été importé. Les micros dans les murs aussi. Et le système informatique avec ses portes dérobées qui permettaient d’accéder à toutes les données de l’organisation, aux ordinateurs utilisées par les délégations, etc.

Comment s’en est-on rendu compte ?

L’histoire (ou la légende ?) raconte qu’au service de la maintenance informatique, un curieux s’est étonné que les serveurs soient saturés entre minuit et deux heures du matin. Il y avait de quoi s’étonner : en dehors des deux sommets annuels de l’organisation et de l’hystérie contagieuse des services de sécurité qui entourent les chefs d’État, la tour de verre d’Addis-Abeba, c’est le château de la belle au bois dormant. Les bureaux sont déserts et la nuit on a peur.
On s’est donc rendu compte qu’à partir de minuit, toutes les données informatiques migraient vers des serveurs situés à Shangaï. On a sonné l’alerte. On a remercié les ingénieurs chinois restés sur place. Des experts en cybersécurité ont passé les bureaux au peigne fin et trouvé des micros.
Ce matin, les ascenseurs parlent toujours en mandarin, mais désormais les murs n’ont plus d’oreilles…

Pourquoi dire l’histoire ou la légende. Il y a un doute ?

Le problème avec la cybercriminalité, c’est que le crime n’est jamais signé. C’est quasi impossible de remonter à la source. Cette fois, l’affaire est transparente : des ingénieurs chinois, des serveurs à Shangaï. C’est presque trop beau pour être vrai.
Les sceptiques se demandent aussi quel est l’intérêt d’espionner les manigances des diplomates africains. On sait l’intérêt des Chinois pour le pillage technologique. En Afrique, ils pratiquent aussi le pillage des matières premières, une politique de comptoir qui consiste à troquer les richesses du sous-sol contre des produits manufacturés.
Mais on sous-estime l’intérêt politique qu’ils portent au Continent. Ils ont une logique de puissance. On l’a vue avec le renversement de Mugabé au Zimbabwé. Pékin était à la manœuvre.

L’espionnage ne provoque pas l’indignation des intéressés ?

Non, c’est plutôt flatteur d’être écouté.
Il y a un vieux réflexe anticolonial qui joue.
Quel est le pire : être écouté par les Chinois ou ne plus réussir à se faire entendre des Occidentaux ?
Etre espionné ou se faire traiter de pays de merde.