L'équipe de foot syrienne a fait match nul contre l'Iran, mais elle a joué pour la première fois depuis des années

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La Syrie a fait match nul avec l’Iran mardi dans les éliminatoires de la Coupe du Monde de football. Ce n’était pas vraiment du beau jeu, les joueurs se sont conduits comme des brutes. 

Ils voulaient leur qualification pour les matchs de barrage, ils l’ont arraché à la 93ème minute avec un but qui égalisait le score, deux à deux face à l’Iran. Le commentateur de la télé nationale s’est mis à sangloter. À 1.700 kilomètres de là, à Damas, à Alep, dans les bistrots et aux carrefours où avaient été installés des écrans géants, la foule s’est levée. Clameurs, klaxons, et même tirs de joie… Comme partout au Moyen Orient, le football est une passion. Dans les zones tenues par l’opposition armée, dans la région tenue par les kurdes, on était aussi scotché à la télé ou à la radio. Avec des sentiments plus mélangés.

Il y a même des Syriens de l’étranger qui avouent avoir espéré une défaite de l’équipe nationale. C’est le problème des exilés : à leurs yeux, ceux qui restent au pays sont des victimes ou des collabos. Les meilleurs joueurs sont ceux qui sont morts.

Et y en a-t-il ? 

Au total, 38 joueurs auraient été tués dans les bombardements. Il y a aussi le calvaire d’un ancien international qui avait manifesté et qui a été torturé à mort par les sbires du régime. Plus récemment, quatre footballeurs auraient été égorgés à Raqqa, car les djihadistes les soupçonnaient d’être des espions. Mais la plupart des joueurs syriens se sont enfuis, parce qu’il n’y a plus de match en Syrie même. Près de deux cents joueurs se sont enrôlés dans des clubs étrangers. La Fifa a suspendu l’an dernier son aide donc il n’y a plus de match à domicile. La guerre a plumé les aigles de Damas.

"Les Aigles de Damas" ressemble au nom d’une milice…

C’est le surnom de cette équipe nationale qui est plus vieille que l’État lui même, puisqu'elle a été fondée dans les années 30, avant l’indépendance. Ce n’est pas l’équipe de Bachar el Assad. Mais le pouvoir tient à son retour en compétition parce qu’il laisse espérer un retour à la normalité. La Syrie existe toujours puisqu’elle joue, alors qu’il n’y a pas eu de tour de France sous l’Occupation, quand le monde avait perdu les pédales…

Certains disent que les Iraniens ont laissé leurs alliés Syriens se qualifier…

L’Orient aime les complots. Celui là n’aurait pas coûté cher aux Iraniens, ils sont déjà qualifiés. Mais à la 93ème minute, on peut scruter le but, le gardien a bien été débordé. Il y a quand même eu un complot… les Iraniennes n’ont pas le droit d’assister à des matchs masculins, bien trop provocants. L’autre soir, des Iraniennes se sont glissées dans le stade en agitant des drapeaux et en se faisant passer pour Syriennes. Cela prouve combien le diable est sournois, et les apparences trompeuses.