Le sommet UE/Afrique ne sert à rien !

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

L’union Européenne et l’Union Africaine ont rendez vous demain à Abidjan
Le continent le plus riche et le plus jeune, un dialogue de géants, et forcément la démesure au rendez-vous. 10 000 participants pour conseiller,  protéger, raconter les chefs d’État et chefs de gouvernement … 55 Africains, 28 Européens, tous avec leurs courtisans, tous au centre de leur univers. Sans compter les personnages considérables qui incarnent les organisations internationales.
C’est l’Onu en excursion sous les tropiques. Abidjan n’offre pas tous les services new-yorkais mais les prix se sont alignés sur les standards de Manhattan. La chambre d’hôtel entre 300 et 1 000 euros. A ce prix, ce n’est pas la suite présidentielle, on en manque avec 83 présidents, c’est juste une chambre, avec le  courant et de l’eau chaude. L’aéroport étant trop petit, c’est à 500 kilomètres que les avions seront parqués. Ceux qui n’ont pas de jets, prendront Air France car le chemin le plus court d’une capitale à l’autre reste souvent de passer par Paris. Le billet en classe Affaires Paris Abidjan coûte 6 000 euros. La Première beaucoup plus, mais toutes les places sont réservées depuis des lustres.
Toute ce gaspillage a de quoi quoi rendre fous les dizaines de millions de jeunes chômeurs qui sont la génération perdue de l’Afrique.
N’est-ce pas démago d’opposer les uns et les autres ?  
Parler du budget de ce raout ou de son bilan carbone, c’est mesquin, c’est malsain. C’est toujours mieux que de parler du bilan politique des quatre sommets précédents. Car ils n’ont servi à rien. Pas une réforme courageuse, pas une initiative ambitieuse suivie d’effet.
C’est juste l’occasion de se voir, de prendre une photo et de faire des concours d’éloquence.
Cette année, thème obligé des discours : l’immigration et la sécurité. Quelqu’un dira peut-être que les terroristes et les migrants ont eu au moins l’avantage d’obliger l’Europe a se rappeler qu’il y avait l’Afrique, là bas, en bas…
La France ne l’a pas oubliée : Emmanuel Macron doit faire ce matin un grand discours sur l’Afrique, à Ouagadougou.
La France la première a abandonné l’Afrique à la médiocrité des intérêts à court terme. Une grosse fatigue nous est venue au tournant de l’an 2 000. On a tout fourgué. Le ministère de la coopération de la rue Monsieur vendu aux Chinois, les agences bancaires des vieux comptoirs aux Marocains,  l’aide bilatérale s’est évaporée. Et cela pile, au moment où l’Afrique s’ébrouait. La France a baissé les bras au cours des 25 ans où la population a doublé, ou une classe moyenne a émergé, ou les besoins en équipements ont explosé,  où un marché réel enfin s’est constitué.
Un jour, il faudra s’interroger sur cet aveuglement. Au lieu de dénoncer sans cesse la France-Afrique, ce fantôme qui nous paralyse…
Nicolas Sarkozy l’avait pourfendue à Dakar, François Hollande aussi, c’est un rituel. On va voir si Emmanuel Macron le fait à son tour, tout à l’heure, mais à Ouagadougou.