Le romantisme allemand de Macron face au cul de plomb de Merkel

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Le sommet européen d’automne s'est ouvert jeudi soir à Bruxelles. Avec la Catalogne, le Brexit, le succès des populistes en Allemagne, en Autriche, et en Europe de l’est, cette réunion prend les allures d'un sommet de crise. 

La vague populiste déclenchée par la crise des migrants bouche l’horizon européen. Et pourtant, quand ils se réunissent, les Européens parlent d’autre chose. Ils excellent au déni. Avec la politique, on réécrit l’histoire, on retouche la géographie.

L'éclatement de la carte européenne. Prenez les indépendantistes catalans.  Ils aimeraient bien faire les deux à la fois, liquider la parenthèse ouverte à la mort de Franco et dynamiter le royaume espagnol. Le chaos qu’ils promettent angoisse tellement les dirigeants européens, qu’ils font depuis hier soir des câlins à Mariano Rajoy. 

Prenez les Britanniques. Un référendum l’an dernier et go on !, Les îles sortent de l’histoire européenne, elles dériveraient déjà vers le large, s’il n’y avait le commissaire Barnier. Il brandit les menottes, il veut gagner le divorce, faire payer Theresa May. Elle a pleuré hier soir au dîner, en vain. 

Prenez les Allemands. Ils traversent une crise profonde. Les élections ont rouvert le Bundestag à une centaine de députés d’extrême droite. Angela Merkel cherche une coalition pour gouverner. Elle est prête à dynamiter tout un atlas, puisqu’elle veut installer Berlin à la Jamaïque.


Trois couleur sur une même bannière

La coalition dite "Jamaïque", c’est celle qui unirait pour gouverner l'Allemagne les Conservateurs, les Libéraux et les Écologistes allemands, les couleurs de ces trois partis étant celles du drapeau jamaïcain (jaune, noir et vert). 

En Allemagne, l'alliance de la dernière chance. Cette alliance contre nature serait une première au niveau fédéral. Mais les Allemands ne sont pas Catalans, ils prennent leur temps. Trois à quatre mois de palabres sont prévues. Vendredi matin s’ouvrent les discussions exploratoires. Si elles réussissent, il y aura des négociations de coalition. Si celles-ci aboutissent, une feuille de route contraignante sera enfin mise au point.

C’est beau la planification qui prétend écrire l’histoire sur un agenda ! Cette traversée vers la Jamaïque reste pourtant incertaine. La CDU d'Angela Merkel a fait son score le plus médiocre depuis la guerre et vient d’essuyer une nouvelle défaite en Basse Saxe. La chancelière est en loques. Les dirigeants de la CSU, son allié bavarois, et les verts aussi. Aucun de ceux-là n’aura de marge pour négocier. Et le pire, c’est que les libéraux sont en forme !

Le rêve européen de Macron, déconnecté des contingences politiques. Ils réclament les Finances et refusent d’entendre parler d’un gouvernement économique de la zone euro. Ils prennent de haut les appels à la refondation de l’Europe lancés par Emmanuel Macron, une hérésie, une utopie, un romantisme à fuir. Pourtant, le Président continue. Comment peut-il compter sur Angela Merkel qui s’apprête à faire lit commun avec ces libéraux ? Mystère et déni. L’histoire n’est jamais écrite. Et la géographie non plus : la France est bien tranquille à rêver d’Europe, toute seule, avec alentour, l’Espagne qui se noie, la Grande Bretagne qui dérive et Berlin qui cingle vers la Jamaïque.