Le parlement de Barcelone fait sa rentrée

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Quatre semaines après les élections en Catalogne, le parlement de Barcelone fait sa rentrée. Pour les indépendantistes, sonne l’heure de vérité.
La trêve des confiseurs en Catalogne est finie, on a tiré les rois mais Félipé reste en place, on se remet à table à l’auberge espagnole. Pour suivre, il faut aimer le droit constit et le verbe lyrique, l’agilité comptable et les astuces de la propagande.
Dans l’épisode précédent, l’électeur matraqué s’est obstiné, il a réélu ceux qui avaient proclamé la République de Catalogne, provoquant la fuite immédiate des sièges sociaux, le départ en exil ou en prison des principaux dirigeants et le retour de Madrid aux manettes.
En additionnant leurs votes, les partis indépendantistes ont 47,5% des suffrages, ce qui leur donne une courte majorité à la Chambre.
La question maintenant, c’est stop ou encore ? Est-ce que les nouveaux élus campent dans leur défi ou est ce qu’ils négocient un compromis. Pour simplifier, est ce qu’ils remettent Carlos Puigdémont au pouvoir ou est ce qu’ils enterrent l’autodétermination.  
L’élection du Président est programmée en fin de semaine prochaine mais la désignation du nouveau bureau du parlement ce matin va donner la réponse.
Carlos Puijdémont risque d’être arrêté s’il revient de Bruxelles pour gouverner la région.  
Les juges l’attendent de pied ferme. Il est mis en examen pour "Rébellion, sédition et malversation de fonds publics".  Et je passe sur une corruption que la justice vient opportunément de boucler, le racket des boites de BTP par son parti qui doit maintenant rembourser.
S’il rentre, Puigdemont ira retrouver les trois dirigeants catalans qui méditent depuis deux mois sur l’étroitesse des esprits et des cellules chez les Castillans…
Carlos Puijdemont n’est pas en fuite, il est le "Président légitime de la Catalogne en exil", nuance. S’il pouvait, il lancerait "Ici Bruxelles" comme d’autres ont eu Ici Londres. Il a échoué à obtenir la reconnaissance des instances européennes. C’est pour cela qu’il a fait une campagne acharnée pour un second mandat.
Ensemble pour la Catalogne, son parti, et la Gauche républicaine de Catalogne, qui était hésitant, ont fini par se rallier à sa candidature.
Concrètement, comment cela se passerait ?
Il s’imagine gouverner à distance. Une présidence off-shore, un règne par Skype. Il envisage de faire son discours d’investiture par visioconférence.
Évidemment, les services juridiques du parlement, à l’esprit aussi étroit que des Castillans ont brandi le règlement. Pour être investi, le Président doit être physiquement au parlement, et dialoguer avec les parlementaires.
Le bureau du Parlement a le dernier mot pour interpréter les textes. C’est pour cela que l’élection d’aujourd’hui est décisive. Il pourra s’opposer demain aux juristes de la Chambre régionale comme il s’est opposé hier à la Cour Constitutionnelle.
Madrid a fait savoir que dans ce cas, il garderait le contrôle de l’exécutif. L’impasse sera totale. Elle a déjà coûté un milliard d’euros. C’est un feuilleton fascinant et ruineux.