Le pape en Birmanie pour défendre les Rohinghas

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Le pape François en Birmanie et au Bengladesh, là où un pape n’avait jamais mis les pieds.

Après son élection, la première fois que le Pape est sorti de Rome, c’était pour Lampedusa. Dans cette île débordée par le flot continu des migrants ayant survécu à la traversée de l’Afrique et de la Méditerranée, il avait dénoncé la "mondialisation de l’indifférence". Et tancé les Européens, en dénonçant l’anesthésie des cœurs. Trois mois plus tard, l’Italie montait une opération de secours et l’Europe a pris ensuite le relais.
C’était avant qu’un million d’immigrants arrivant par la Grèce ébranle tout l’édifice.
Alors évidemment, quand on a dans l’oreille, cette colère papale contre une Europe, championne du monde de la générosité, on se demande ce qu’il va dire aux militaires birmans.
À cette armée qui vient d’emporter une grande victoire en brulant les villages, en violant les filles, en jetant sur les routes de l’exode des centaines de milliers de musulmans terrorisés.

Relance : Pourquoi vient-il et pourquoi la Birmanie l’accueille-t-elle ?

Primo, les papes n’ont jamais peur de se salir les mains. Kurt Waldeim, Jaruzelski, Arafat, Tarek Aziz… Des tas de pestiférés ont visité le Vatican pour se blanchir. C’est peut-être pour cela que la soutane est blanche. Harvey Weinstein lui-même a dû demander audience, qui sait ?
Le Pape François aurait préféré aller en Inde, mais il n’y est pas convié. Alors va pour les périphéries, la Birmanie et le Bengladesh…
Secondo, le voyage a été monté au printemps, quand Ang San su Kiy est venu au Vatican. Avant le nettoyage ethnique. Elle passait encore pour une sainte. Le prix Nobel est une sorte de canonisation laïque. Maintenant, elle apparaît surtout comme une femme résolue à exercer le pouvoir que la junte lui a volé, une femme dure, acceptant la brutalité de la politique Birmane.
L’avion du pape se pose dans un quart d’heure. Demain ont donc rendez-vous le bon pape, la brute qui a déçu et le rôle du truand sera parfaitement joué par le général Min Aung Hlain, le chef de la junte.

Va-t-il plaider pour les Rohingas ?

La chance du pape, c’est qu’un accord vient juste d’être conclu, entre la Birmanie et le Bengladesh voisin pour leur rapatriement.
Mais le pape va marcher sur des œufs. Les Birmans ont le nationalisme chatouilleux. Un bon birman est hindouiste, c’est l’alliance du sabre et de l’encens. Ils voient les musulmans comme des envahisseurs bengalis. Ils ne supportent pas plus l’irrédentisme des 1% de chrétiens qui sont des ethnies Karen, Karenis, ou kachin. L’armée a brûlé des centaines d’églises dans l’indifférence mondialisée dont parlait le pape. Chez les Kachins, les combats continuent et 100.000 sont déplacés.
Sans oublier les pauvres parmi les pauvres, les Rohingas chrétiens, qui ont droit à la double punition, pris en étau entre les militaires et les rebelles qui veulent faire la peau aux apostats.