Le mandat de trop pour Angela Merkel ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

En Allemagne, le SPD et la CDU/CSU s’étaient donnés jusqu’à hier soir pour négocier un programme de gouvernement… Mais les palabres continuent, notamment sur l’assurance maladie et l’emploi.
Les Allemands ont voté en septembre, ils ne sont plus à 24 heures près.
L’assurance maladie, c’est important, l’emploi aussi, il y a seulement 4% de chômeurs avec beaucoup de travailleurs pauvres.
Mais ce retard à l’allumage tient de la mise en scène.
Les deux partis veulent montrer qu’ils négocient dur et pour cause, ce sont les deux grands perdants des élections de septembre. Ils ont fait l’un et l’autre le pire score de leur histoire. Et ils reviennent au pouvoir comme s’il ne s’était rien passé, comme s’ils n’avaient pas été saqués par les électeurs.
La cohabitation entre la droite et la gauche a toujours quelque chose de scabreux, cela ne peut pas durer. Avec Angela Merkel ça dure : elle règne depuis douze ans, elle en a partagé 8 avec les sociaux-démocrates. Ils ont applaudi quand elle a ouvert les bras à un million de migrants.
Résultat, une partie de l’électorat populaire a filé à l’AFD.
Désormais près d’une centaine de députés ultra siègent au Bundestag, improbables et infréquentables.
Mais Angela est là, Merkel éternelle chancelière.
Le SPD a longuement hésité.

Martin Shultz a rejeté deux fois une nouvelle cohabitation. Il l’a même théorisée au soir de la défaite, en expliquant qu’il fallait une cure d’opposition au SPD.  Se ressourcer, se réinventer. Trouver un nouveau projet. Sous peine de finir laminé comme le PS français à la présidentielle, les socialistes aux Pays bas, le Pasok en Grèce, tous entre 4 et 6%.
Maintenant Martin Shultz a une autre théorie. "Il faut dépasser la vague de droite qui frappe l’Europe en formant un gouvernement stable avec un profil social-démocrate". Bref, il faut tenir le centre, se maintenir.
Martin Shultz n’est pas encore ministre des Affaires étrangères mais il déjà au point en langue de bois.
On verra dans quinze jours si les 450 000 adhérents du parti qui doivent se prononcer par référendum suivent leur chef. Il est discrédité, il est le maillon faible, mais il reste Président.
La culture du compromis permanent, c’est l’Allemagne !

Le plus important, c’est la stabilité. Angela Merkel va entamer son quatrième mandat.
Helmut Kohl en a fait quatre aussi. Konrad Adenauer pareil mais sans finir le dernier. Il faut être suicidaire comme le sont les Français pour importer le système américain qui limite à deux les mandats. Depuis l’adoption du quinquennat, aucun président ici n’a réussi à se faire réélire, l’électeur a parfaitement adopté cette logique du dégagisme. 
En Allemagne (comme en Autriche !), c’est le contraire. Tout est fait pour assurer la continuité.
À Vienne, l’extrême droite fait partie de la coalition. A Berlin, elle est au Parlement. Mais le prochain gouvernement sera fragile, divisé, sans ambition.