Le Kremlin servirait-il de bouc émissaire aux politiciens européens dévalués ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

François Hollande accuse la Russie de faire ce qu’elle veut en Syrie : il y a risque d’escalade si on ne lui fixe pas de limite.
L’ancien président attaque Vladimir Poutine mais sa vraie cible est Emmanuel Macron. Piqué au vif, son successeur s’est défendu : Lui maintient la pression sur le Kremlin et c’est tant mieux pour la Syrie.
On pourrait discuter de tout cela, de l’impuissance de la France à peser sur les évènements au Moyen Orient qui blesse l’image que nous nous faisons de nous-mêmes.
Le calvaire des habitants de la Ghouta n’est qu’un prétexte, la Russie un repoussoir.
La réalité, c’est le HCR, le Haut commissariat aux réfugiés, qui raconte les rebelles tirant sur les civils qui tentent de fuir les quartiers assiégés par l’armée. Les snipers font des cartons sur les malheureux qui s’aventurent dans le corridor d’évacuation enfin ouvert par le gouvernement syrien.
Donc, c’était vrai : les habitants sont bien retenus en otages.
L’Observatoire syrien des Droits de l’Homme révèle qu’il y a aussi des négociations en coulisse.
L’armée syrienne a taillé la Ghouta en trois et le régime palabre séparément avec chacun des groupes rebelles qui tient une des zones. Celle de Douma au nord est contrôlée par les Salafistes de Jaich al Islam. Les discussions se déroulent entre Russes et opposants proches de Moscou.
La zone d’Harasta est tenue par Ahrar al Scham, des sortes de talibans, et les notables locaux négocient le déploiement des Russes aux cotés des rebelles qui acceptent la réconciliation.
Enfin, le secteur sud est aux mains de Faylaq Al-Rhamane, et là, les notables discutent directement avec les représentants du régime, l’évacuation des civils qui le souhaitent vers Idleb, toujours en guerre.
Bref, l’idée que la Russie fait ce qu’elle veut ou qu’elle ferait pire sans la pression des Français apparait saugrenue !
Teresa May met elle aussi la pression sur Moscou dans l’enquête sur l’empoisonnement du colonel Skripal et de sa fille.
Hier à la Chambre des Communes, Teresa May était en difficulté. L’opinion ne comprend pas que six ans après l’empoisonnement au polonium d’Alexandre Litvinenko, un ancien espion russe, ça recommence. Que les autorités aient attendu une semaine avant d’alerter les habitants de Salisbury. Et enfin, elle le Premier ministre doit affronter la surenchère dans l’indignation des poids lourds de son gouvernement, ravis de la mettre en difficulté en réclamant des sanctions contre la Russie.
Sherlock May a donc dénoncé la main de Moscou. Le poison est russe et désigne le coupable, élémentaire mon cher Watson. Il est sommé de s’expliquer. Avant ce soir.
Tant pis, s’il n’y a pas de preuves, pas de témoins, pas d’armes, si l’enquête ignore tout du mobile, du scénario du crime, du tueur. Et si l’on comprend encore moins le timing, à quelques jours de la réélection de Vladimir Poutine.
Le Kremlin est un bon diable bien utile aux politiciens en déroute, aux retraités en déprime et aux analystes en manque d’inspiration.