Le fameux téléphone rouge de la guerre froide rétabli entre les deux Corées

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Le réchauffement soudain entre les Coréens du Nord et du Sud… Le téléphone rouge qui permet aux responsables des deux pays de se parler avait été coupé il y a deux ans. Hier, la ligne a été rétablie. C’est un symbole, un premier pas vers la reprise du dialogue.
Le symbole du téléphone rouge ! C’est simple comme un coup de fil. C’est la guerre froide qui va le rester, le risque de surchauffe et d’apocalypse nucléaire qui s’éloigne. On a eu peur, on soupire de soulagement. Mais il y a deux différences essentielles entre le téléphone rouge qui reliait le Kremlin et la Maison-Blanche et celui qu’utilisent les Coréens dans la zone démilitarisée de Pan-Mun-jom, cet espèce de sas sur la ligne de démarcation.
D’abord, le téléphone rouge russo-américain n’a jamais eu de cadran, ni de combiné. Ce n’était pas un téléphone et il n’était pas rouge. C’était un télex, une ligne chiffrée, car les deux K, Kennedy et Kroutchev étaient prudents, ils préféraient s’écrire plutôt que de se parler, pour éviter les problèmes de traduction. Toutes les heures pendant un demi-siècle, des officiers des deux camps ont entretenu la machine en s’envoyant des poèmes ou des articles d’encyclopédie. Aucune émotion là-dedans, pas de romanesque, la bureaucratie de machines d’Etat qui rivalisent dans la pure rationalité d’un rapport de forces.
Alors que les Coréens utilisent un vrai téléphone.
 
Mais oui, puisqu’ils parlent la même langue ! Et pour cause,  ils forment un même peuple. Nul besoin de traducteurs. Tour à tour, ils s’embrassent ou ils s’empoignent mais ce sont des frères siamois. Ce qu’ils ont à se dire est concret : depuis qu’elle a été installée, en 1972, les incidents de frontière n’ont jamais cessé. Et ce ne sont pas des coups d’aiguilles quand l’artillerie du nord pilonne au canon de campagne une ile dans les eaux disputée à l’ouest, quand une corvette de la marine sud coréenne est envoyée par le fond avec une partie de l’équipage ou quand des commandos tentent des débarquements. Ces épisodes meurtriers qui ont eu lieu ces dernières années entretiennent le qui-vive. Ils justifient amplement les coups de fil.
Mais depuis deux ans, ils s’en passaient.
Mais tout vient de changer. Depuis deux ans, la Corée du nord a enfin acquis la puissance nucléaire. Donald Trump peut bien traiter Kim Jong Une de nabot ou d’homme-fusée et le département d’État répéter qu’une Corée du nord dotée de l’arme nucléaire serait inacceptable. Il fait bien l’accepter, c’est fait. La partie est jouée. Game over !
Ceux qui croient que des négociations pourraient permettre de dénucléariser la péninsule, pensent comme on rêve. Jamais le Nord ne prendra ce risque vital. Son arsenal est sa garantie de survie, son atout majeur, c’est devenu un totem national. Autant priver les Américains de constitution ou les Français de président.
À quoi bon un téléphone ?
C’est tout bénéfice pour le Nord. Il enfonce un coin entre le sud et les Américains. La Chine est contente. Les Sud-Coréens ont mordu à l’hameçon, ils sont rassurés, la gauche est même enthousiaste, prête à reprendre l’aide humanitaire. Celle qui permet aux Nord-Coréens de concentrer leurs efforts sur l’effort militaire.
Parce que cela va continuer. Ils ont la bombe. Ils ont réussi un tir remarquable avec le Wasong 15, un lanceur intercontinental dont la tête est si large qu’elle peut embarquer toutes les bombes qu’on veut.  
Ca doit maintenant les démanger de tester la bombe en vol ou de vérifier sa précision.
Avec un peu de chance, Kim passera ensuite un coup de fil.