Le Chili vire à droite

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

La présidentielle au Chili. Sébastian Pinera remporte le premier tour de l’élection Présidentielle au Chili.

Au secours, la droite revient ! Quand on parle du Chili, on pense à la dictature. Le suicide d’Allende dans le palais de la Moneda, les opposants parqués dans le stade. Tragédie aussi familière aux França1is que le 18 Brumaire ou mai 1958.
Le putsch militaire est chilien. Sans doute parce que Pinochet portait un nom bien de chez nous, de l’Aveyron. S’il était appelé Sanchez ou Tapioca, on l’aurait oublié. Là non, il reste l’incarnation du diable en uniforme et lunettes noires. Mais tout cela nous dit davantage de la France des années 70 que du Chili d’aujourd’hui.
Cela fait bientôt 30 ans que les électeurs se sont débarrassés de Pinochet. La démocratie tourne rond.

La droite succède à la gauche qui succédait à la droite.

Il y a une valse chilienne comme il y a le tango argentin. C’est un duo entre Michelle Bachelet élue en 2006. Qui cède son fauteuil à Sébastian Pinera en 2010. Qui le lui rend en 2014. Et qu’elle devrait de nouveau céder à Pinera.
La constitution interdit au Président de se maintenir au-delà de son mandat. Elle a été rédigée après la dictature. Chat échaudé (et même écorché vif) craint l’eau froide. Mais du coup, un ancien président devient illico candidat. Un mandat surtout s’il se termine bien, ne suffit jamais. Michelle Bachelet avait fini avec 80% de popularité. Elle a évidemment replongé. Sébastian Pinera aussi. Il arrive largement en tête du premier tour. Il promet "le retour à des jours heureux". Ça c’est un slogan de droite ! C’était mieux avant.

On le compare à Berlusconi.

Parce qu’il est richissime. Hableur, télégénique, décomplexé. Il a été riche avant de faire de la politique, ce qui est original. Mais il n’en fait pas pour échapper aux juges comme l’Italien. Il se compare volontiers à Nicolas Sarkozy.
Mais la surprise ce matin, c’est le score de ses rivaux. À droite toute, un candidat a mobilisé ceux qui pensent que demain sera pire. Ceux qui refusent la légalisation de l’avortement et le mariage pour les homosexuels, imposées récemment.
Et surtout, il y a la poussée de l’extrême gauche.

Les sondeurs ont sous-estimé les extrêmes.

Il y a des Chiliens à qui la valse donne la nausée. Ils ne sont pas allés à la pêche. l’héritier de Bachelet, un présentateur vedette Alejandro Guilllier fait les 22% prévus. Mais il est talonné par sa consœur Beatriz Sanchez, à 20%. Elle a mené campagne sur les revendications sociales des dernières années : l’éducation gratuite, la réforme des systèmes de santé et de retraite.

Première leçon de ce premier tour.

Le retournement de tendance à l’échelle du continent. Tout entière à gauche dans les années 2000, l’Amérique latine vire à droite. Après le Brésil, le Pérou, l’Argentine, le Chili est le quatrième grand pays latino en moins de deux ans. En attendant la Colombie et sans parler du Venezuela.