L'après Mugabe : à quoi faut-il s'attendre ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Emmerson Mnangagwa sera intronisé tout à l’heure, Président de la transition au Zimbabwé.

Quelle revanche ! Il y a deux semaines, le vice-Président perdait tout et fuyait Hararé, banni par Grace Mugabé. Grace, anagramme de Garce. Grace la furieuse qui aurait tenté en vain de l’empoisonner à la crème glacée. Le détail fait sourire, il a fait le tour de l’Afrique. Les Borghia sous les tropiques. Emmerson Mnangagwa a passé 15 jours en exil à ruminer sa vengeance, et ce matin, il la tient, éclatante. Il va être investi Président au Stadium de la capitale. C’est le bon endroit, il a gagné le match. Il est désormais le champion en titre. Tous ses rivaux applaudissent le crocodile.

Le nouveau président n’est pas un nouveau venu.

Hier, Mnangagwa a imploré le peuple d’être patient et pacifique. Lui, cela fait cinquante ans qu’il attend. Dix ans dans les prisons de la Rodhésie blanche. Et 37 ans, ministre de Mugabé sans discontinuer. Patient sans être pacifique. Il dit : "La guerilla m’a appris à détruire et à tuer". Il a noyé dans le sang des révoltes en province tout au long des années 80. Il était ministre de la sécurité. En 2000, il a lancé la chasse aux fermiers blancs. En 2008, il a écrasé l’opposition qui avait gagné les élections. Amnesty parle de dizaines de milliers de morts et de disparus, les morts africains font des statistiques vagues.
Ministre de l’Économie de Mugabé, Mnangagwa a ruiné le pays, une inflation à sept zéros et 90% de chômage. Tout un peuple réduit à la débrouille. À côté, Maduro c’est Raymond Barre.
Avec ce palmarès et l’immense fortune qu’il a accumulée, on comprend que Mnangagwa inspire du scepticisme. En arrivant, il a promis , "des emplois, des emplois et la démocratie". C’était le discours en anglais. Dans la langue locale, il a scandé : "Nos adversaires vont aboyer mais le train est lancé. Nous allons régner et les autres continuerons d’aboyer". Ça promet.

Il va faire du Mugabé, sans Mugabé ?

Il ne connaît que cela. C’est le problème. Mais les Zimbabwéens vivent une libération, la joie, la peur qui disparaît, l’espoir. C’est un cocktail auquel on prend vite goût.
Pour répondre à cette attente, le régime peut libérer l’économie. Que le pays redevienne le grenier à céréales du continent. Que la richesse du sous-sol soit redistribuée, notamment l’or et le diamant confisqués par la nomenklatura. Que la diaspora rentre, toute l’élite a fui. Que les touristes redécouvrent un pays à part, magnifique, son printemps permanent, son peuple si éduqué. Et que les investisseurs investissent et pas seulement la Chine qu’on soupçonne de tirer les ficelles dans la coulisse.