L'Afrique du Sud peut-elle ressusciter en enterrant le président Jacob Zuma ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Jacob Zuma a lâché prise. Le président sud-africain a démissionné mercredi soir. Il aura tenu tête jusqu'au bout.

C’est l’épilogue d’une guerre féroce entre clans de l'ANC (le Congrès national africain, ndlr). Jacob Zuma a été destitué comme il avait destitué son prédécesseur, viré par un rival trop impatient pour attendre les élections de l’an prochain. Raconté comme cela, c’est le jeu ordinaire des ambitions. Mais Jacob Zuma est hors du commun. Aussi endurant que corrompu, aussi dur qu’il est pourri. 

Un chef d'Etat très controversé. Son nom complet a été son programme, Jacob Gedleyihlekisa Zuma, ça veut dire "celui qui rigole en vous faisant mal". Ses huit femmes pourraient témoigner qu’il a respecté la consigne. À la prison de Robben Island, où il a passé dix ans, personne n’a jamais demandé à lui rendre visite. À l’enterrement de Mandela et devant 50 chefs d’état, il est resté impassible alors que le stade entier le huait. Totalement sourd aux casseroles financières et sexuelles qui font toute une batterie de cuisine accrochée à son costume d’alpaga à 20.000 dollars.

800 chefs d'accusation. Dans le genre sans vergogne, jamais honte, pas de pudeur, aucun scrupule, mithridatisé, Zuma fascine et fait horreur. Il a bien rigolé en mettant à sac l’Afrique du sud. Il a lâché prise mercredi, quand ses complices, les trois frères Gupta, de richissimes Indiens qui vendaient les places de ministres, ont vu débouler la police pour interpellation et perquisition. Zuma est, paraît-il, menacé de 800 chefs d’accusation. Il fera un bouc émissaire de toute première classe pour expier la faillite sud-africaine.

L'Afrique du Sud, un état qui va mal ? De l'Afrique du Sud, on dit qu'elle est le géant économique de l’Afrique, à cause du sous-sol. C’est une puissance émergente, mais en panne, avec une croissance atone et un chômage massif. L’ANC est au pouvoir depuis un quart de siècle. Son bilan est effarant : corruption à tous les étages, pénurie, violence, inégalités extrêmes, gabegie… Prenons un exemple : il n’y a pas assez de pluies en cet été austral. La région du Cap vient d’être déclarée en situation de catastrophe naturelle. Et si le Cap est privé d’eau, les touristes sont privés de douche… alors que le sous sol regorge d’eau douce. Or, les puits, les forages et les barrages ont été négligés. La dégringolade sud-africaine a été masquée par le culte planétaire rendu à Nelson Mandela et la Nation arc en ciel, version africaine de la société sans classe.

Le futur président peut inverser la tendance ? Cyril Ramaphosa se veut l’héritier de Mandela, et entend faire oublier Thabo Mbeki (président de la République de 1999 à 2008) et Jacob Zuma. Les milieux d’affaires attendent tout de lui. Il est d'ailleurs lui-même un homme d’affaire, un oligarque de l’ANC. Cyril Ramaphosa a construit sa fortune avec la discrimination positive, en accaparant des actions dans l’industrie. Et il a fait la culbute avec les télécoms : 350 millions de dollars gagnés en dix ans. Il prétend maintenant en finir avec la corruption. C'est bon de rigoler avec le plus grand nombre en faisant mal à ses amis de l’ANC.