La victoire de MBS et le style mafieux de gouvernance qui fait école dans le Golfe

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le Ritz Carlton de Ryad va rouvrir. Le prince héritier MBS y tenait enfermé depuis deux mois des dignitaires saoudiens.  
Le Ritz redevient un diamant. Les professionnels de l’armement, les pèlerins qui voyagent en première classe et les oisifs qui courent les conférences seront contents.
Pas autant que les 200 Saoudiens qui viennent d’y passer 70 jours de calvaire. Comme tous ceux qui se font kidnapper, ils ont été détenus dans une prison improvisée et dans la terreur. Aucun secours à attendre.
Ni de la police, ni d’un juge impartial. Pas d’avocat. Juste des coups de fil à la famille pour payer la rançon. Tous ont craché au bassinet, sauf un ministre qui a été relâché. Certains ont renâclé, ils ont été rossés. Plusieurs princes ont été hospitalisés. On ne parle pas du prince Mansour Bin Muqrin qui a tenté de fuir la rafle et dont l’hélicoptère s’est écrasé à la frontière, il aurait été abattu.
Est-ce que les faits sont avérés ?
L’information étant verrouillée, des rumeurs invérifiables circulent. Des experts prétendent que des mercenaires américains servent de tortionnaires et pendent les princes par les pieds. C’est le pays des mille et une nuits. Mais les récits se recoupent. Rappelez vous Saad Hariri à Ryad. On aurait dit un homme terrorisé, parce qu’il était terrorisé.  
Est-ce que les Saoudiens s’indignent ?
Un palace cinq étoiles n’est pas un stade.
Un milliardaire suscite moins de compassion qu’un opposant.
Les Saoudiens ne pleurent pas sur les privilégiés que rackette le souverain. MBS est un prince populiste. Il fait comme les Capétiens, l’alliance du trône et du peuple, contre les féodaux.
Est-ce que des prisonniers ont été relâchés ?
Pas tous. Cela fait deux mois qu’a disparu aux oubliettes le prince Al Walid, vedette de la jet set et philanthrope sans frontières. Il résistait. Il a fini par craquer. Il est prêt à faire une donation d’un milliard à l’État saoudien... Trop peu ou trop tard ! Ses interlocuteurs réclament six milliards et se méfient. Une fois relâché, le cousin Al Walid pourrait bien se précipiter devant un tribunal new yorkais pour se plaindre d’avoir été spolié. Les entreprises dont il est copropriétaire comme Disney et Tweeter,  Citybank, Apple, Ebay, Motorola, AOL seraient en droit de réclamer des dommages et intérêts considérables…
Son père Talal ben Abdelaziz est le doyen de la famille royale. Le roi s’incline devant lui. A 87 ans, le prince a décidé de faire la grève de la faim pour obtenir la libération de son fils.
 
Est-ce que cela fait scandale ?
Le plus stupéfiant, c’est la chape de plomb autour de cette extorsion de fonds. Le silence du désert. Pourtant, Al Walid n’est pas n’importe qui.  Par exemple, il aime la France et a financé à hauteur de 17 millions de dollars les salles des Arts islamiques du Louvre. Il est commandeur de la Légion d’honneur. Il a soutenu la campagne d’Emmanuel Macron. On pourrait s’attendre à ce que l’ambassadeur de France aille lui porter des oranges.
Al Walid est aussi l’ami de Bill Gates et actionnaire de médias mais la presse américaine continue de tresser des couronnes à Mbs, ce prince si charmant qui promet le permis de conduire aux filles et les autorise à assister aux matches.
Conclusion ?
MBS a inventé le parrain, version arabe. La curiosité, c’est que le monde ne veut voir que le despote éclairé.