La réponse de Macron à Bachar el-Assad

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Escalade verbale entre Bachar el Assad et Emmanuel Macron. Le syrien dénie à la France tout droit de parler de l’avenir de la Syrie, parce qu’elle aurait soutenu le terrorisme. Emmanuel Macron s’indigne.

Il y a une malédiction de l’Elysée. Il doit y avoir un djinn caché dans le beau bureau doré où les Président français ourdissent leur politique arabe. Depuis quarante ans, ils croient tout connaître de la Syrie. Mais ils agissent à contre temps et ils paient comptant leur aveuglement.

Mitterrand s’est fait tuer un ambassadeur et il a persévéré, avant de jeter l’éponge. Chirac a fait le contraire, seul chef d’état aux obsèques du tyran Hafez el Assad mais le fils a fini par lui assassiner son meilleur ami, Rafic Hariri. Sarkozy  reproduit la malédiction : il invite le Syrien au 14 juillet, avant de réaliser qu’il n’en tire rien et de fermer l’ambassade. François Hollande veut faire la guerre en vrai,  "à un homme qui ne mérite pas d’être sur terre", et se retrouve humilié quand ses Américains le lâchent.

Emmanuel Macron à son tour s’est fourvoyé. Lundi, il a cru faire une ouverture politique en disant qu’il faudrait un jour parler avec Bachar El Assad. L’autre, lui a claqué la porte au nez, en accusant la France d’avoir soutenu le terrorisme. Le Président qui veut le dernier mot n’a pas supporté ces propos déplacés.

Ils le sont, non ?

Il y a eu tant de sang versé que les mots n’ont plus trop d’importance. Mais tout est vrai. Jean-Yves Le Drian tape juste en disant que le tyran a massacré son peuple. Et qu’il dépend de Moscou et de Téhéran. Emmanuel Macron a raison : la priorité du régime, c’est de frapper les opposants, pas de frapper les terroristes. En face, les reproches de Bachar sonnent justes. Paris a soutenu les rebelles soi-disant modérés qui portaient des barbes de plus en plus longues.  Toute guerre est une montée aux extrêmes, surtout les guerres civiles. A l’époque, Laurent Fabius trouvait que le Front Al nosra faisait du bon boulot. La France fournissait des armes létales "défensives", la bonne blague. Au final, elles se sont retrouvées entre de mauvaises mains. Pour la faire courte, il a fallu les attentats de Paris pour comprendre qui était l’ennemi, où était l’urgence.

Derrière la querelle, qu’est ce qui est en jeu ?

Le retour de la France au Proche-Orient. Les négociations de Genève parrainées par l’Onu ont échoué. Celles d’Astana, conduites par les Russes piétinent. Emmanuel Macron aurait aimé lancer une initiative de paix au printemps. A la clef, il y a la reconstruction de la Syrie, un marché de plus de 200 milliards de dollars. Mais avec les Assad, il n’y que des coups à prendre. Le Père a tout fait pour nous chasser du Liban. Le fils n’a pas l’intention de nous laisser revenir en Syrie.