La purge version angolaise

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

La chute d’Isabelle Dos Santos, la fille de l’ancien président d’Angola, la femme la plus riche d’Afrique.

Vous avez vu, cette semaine, une épidémie balaie les milliardaires au pouvoir. Le premier ministre Saad Hariri, démissionnaire à l’insu de son plein gré et toujours en Arabie où il rend des comptes… la Première dame du Zimbabwe, Grace Mugabe, qui a fait fortune avec les diamants de contrebande et qui se retrouve en exil ou pire, en tête à tête avec son vieux tyran de mari, à huis clos. Et jamais deux sans trois, voici la princesse rouge, la fille du Président angolais, Isabelle Dos Santos. L’homme le plus riche d’Afrique, c’est une femme et c’est elle. Un milliard de dollars en 2013. Trois milliards aujourd’hui. Une vraie fille à papa, très belle vue de Dot. Elle ne fait pas de politique, elle fait des affaires. Lui, Président. Elle, PDG. Avec un quasi-monopole dans la téléphonie, les banques, le ciment, le diamant, les supermarchés, etc. L’an dernier, son père l’a carrément installée à la tête de la compagnie nationale de pétrole, qui assure les trois-quarts des revenus du pays. 

Mais Eduardo Dos Santos, malade, a passé la main.

Il régnait comme Mugabe, depuis l’indépendance. Il a tenu 38 ans avec des années qui comptent double, celles de la guerre civile. Qu’il a gagnée férocement, grâce aux Soviétiques, aux mercenaires cubains et au pétrole qui l’a rendu sympathique aux Occidentaux. Ensuite, le communisme à l’africaine a tourné au capitalisme sauvage, et toujours la corruption à tous les étages. Cet été, la maladie a stoppé Dos Santos. Son successeur, le fidèle Lourenço a fêté ses cinquante jours au pouvoir en répudiant la fille de son bienfaiteur. Détrônée, limogée. Fired comme disait Donald Trump, virée.

Pourquoi cette purge ?

La chute des oligarques a un triple avantage. Elle prouve que le pouvoir reste au chef. Le mariage d’Isabelle Dos Santos avait couté quatre millions d’euros. Le président actuel en a été jaloux. C’est le syndrome du surintendant Fouquet. Deuxième avantage d’une purge, c’est populaire. Voir un grand qui tombe réjouit toujours, console un peu. Voyez internet. Enfin et surtout, la purge redistribue la rente aux fidèles et le pouvoir se consolide. 

La morale de l’histoire ?

Il n’y a pas de morale. Avec l’arrogance que donne l’argent, les oligarques finissent par croire qu’ils doivent leur fortune à leur talent. Ils oublient toujours qui les fait rois. Grace Mugabe a cru qu’elle pouvait se passer des vétérans de la guerre d’indépendance qui fondent la légitimité du régime. Saad Hariri a oublié ses protecteurs saoudiens qui tiennent le Liban à bout de bras. Isabelle Dos Santos a imaginé qu’elle pouvait se passer de son père.