La Francophonie : nouvel horizon de la présidence

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Le président de la République a désigné son Haut Représentant pour la francophonie. Il a nommé Leila Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, qui est d’origine marocaine.

Et il l’a nommée en même temps qu’on annonçait le lauréat 2017 chez Drouant. On dirait une farce. On dirait que l’Élysée a confondu le Goncourt et l’élection de Miss France et s’est soucié de trouver une reconversion à la lauréate 2016 désormais périmée.
C’est faux, c’est juste de la communication opportuniste. L’histoire raconte que le Président avait été enthousiasmé comme Brigitte par "Chanson douce" le best-seller de Leila Slimani. Il aurait pensée à elle pour être ministre de la culture. Finalement, il a préféré un éditeur à un auteur, c’est plus sérieux, on voit qu’il est passé par l’ENA et par la banque. Mais du coup, on peut se demander s’il prend la francophonie au sérieux.

Pourquoi Vincent Hervouet est-il sceptique ?

Les Hauts représentants des chefs d’état au conseil permanent de la francophonie au sein de l’organisation internationale de la francophonie, ont des titres ronflants mais ne servent à rien. On leur donne un ruban, comme à la cour à Versailles. Ils sont décoratifs. Selon sa lettre de mission, Leila Slimani devra "porter au plus haut la promotion de la langue française, et du plurilinguisme ainsi que les valeurs que les membres de l’organisation ont en partage". Traduction en bon français : blablabla…

Le communiqué dit que le Président a "une politique ambitieuse de promotion de la francophonie".

C’est sans doute pour cela qu’il n’y plus de ministère délégué à la francophonie, ni même de secrétaire d’État. Pire, on ne sait pas si ça relève de la culture ou des Affaires étrangères, les décrets d’attribution n’en parlent même pas.
C’est sans précédent, c’est sans surprise.
Jacques Chirac avait voulu faire de la francophonie, un petit ONU et un outil d’influence politique. Échec éclatant. Courteline à l’échelle planétaire. Sous Sarkozy, on y a même fait entrer le Qatar, comme si les Qataris allaient sponsoriser des lycées en Afrique pour enseigner Voltaire ? Sous François Hollande, l’indifférence était telle que les Canadiens ont imposé leur gouverneur à la tête du mini-machin, c’est à dire qu’on n’a trouvé personne de mieux pour incarner la francophonie que la représentante personnelle de la reine d’Angleterre dans sa colonie, un comble. Sous Emmanuel Macron, on a carrément tiré l’échelle. Le problème de la francophonie est dans la tête des élites françaises qui trouve ce combat ringard, provincial, arriéré.

Et pourtant, le nombre des francophones va tripler d’ici 2050, grâce à l’Afrique.

700 millions : c’est beau, mais c’est faux. Il y aura de plus en plus d’Africains, mais pour qu’ils parlent français, il faudrait des écoles, des lycées, des visas.
Lilia Slimane a été élevé en Français à la maison et au lycée Descartes de Rabat. C’est l’image de l’intégration heureuse. Sa nomination oblige à penser une chose sérieuse. La langue, c’est beaucoup plus que la langue : une vision du monde, la matrice du droit, un moteur économique. Mais c’est d’abord, un sentiment d’appartenance à une communauté, c’est bien une identité. L’incapacité des dirigeants français à se battre pour la francophonie est bien une manifestation de la haine de soi.