La France cherche des alliés au Sahel

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

La guerre aux terroristes du Sahel. Réunion hier à Paris des chefs d’État du Sahel et des bailleurs de fonds européens et arabes. Il s’agit de muscler le G5 Sahel, la force armée des pays de la région pour combattre les djihadistes.
Et il y a urgence, parce que cette guerre tourne mal. Comme un film déjà vu dans les guerres coloniales, au Vietnam, en Afghanistan aussi…
Ça s’appelle l’enlisement.
Quand les paras français ont débarqué au Mali, il y a cinq ans, ils ont assommé les terroristes. Tout le monde était content, surtout François Hollande accueilli avec des youyous.
C’était la libération, en version saharienne (mais sans le casque colonial !).
Après, le plus pénible a commencé. S’occuper des problèmes de fond.
Relever l’état, c’est à dire former une armée à autre chose qu’au racket en uniforme. Elire un président. Réconcilier les Peuls, les Touaregs, les Arabes qui se détestent depuis toujours.
C’est complexe. D’ailleurs, c’est raté.
Le Président ne sert à rien, son entourage se sert dans la caisse et l’accord est resté lettre morte.
Et puis, il faut relancer le développement. Les Américains ont montré l’exemple en Afghanistan : 2 000 milliards gaspillés en quinze ans. On se demande où ils sont passés.
Le Mali, vaste chantier sur le papier. Sur le terrain, vaste foutoir.
À qui la faute ?
Les Français dénoncent l’incurie du Président IBK. L’irrédentisme des Touaregs. Les manigances de l’Algérie qui laisse circuler les terroristes, pourvu qu’elle ait la paix chez elle.
Et surtout, l’habileté politique des islamistes.  
Car les islamistes sont revenus en douce. Ils ont essaimé, donnant du travail aux uns, les trafiquants privés de bizness, intimidant les autres, ralliant les mécontents.
À l’aise comme des scorpions dans le désert. Donc, les embuscades se multiplient. Le Nord du Mali, puis le centre, puis les pays voisins sont contaminés…
Emmanuel Macron l’a reconnu hier : il y a désormais des attaques tous les jours.
Le Mali est notre Afghanistan. On voudrait se replier. Trop tard !
D’où l’idée de faire appel aux armées des pays voisins.
L’idéal serait de faire la guerre du haut du ciel, la guerre en off shore. Ca permettrait de rapatrier la moitié des hommes de Barkhane. On laisserait le G5 quadriller le terrain qui est vaste comme l’Europe.
C’est cela le G5, un rêve kaki, notre sortie de secours.
Le Sahel aux Sahéliens !
À terme, il y aura sept bataillons de 650 hommes. Des Tchadiens, des Mauritaniens… Et des troupes du Burkina, du Niger et du Mali. Avec les 10 000 casques bleus de la Minusma en appui. Des instructeurs européens et du renseignement américain.
Hier, Emmanuel Macron a réuni 240 millions de dollars. Il en faudrait le double. Les Saoudiens en ont donné 100.
Ils ont beaucoup à se faire pardonner.  
Mais l’expérience afghane incite à se poser la question du jour : combien de temps mettent à s’évaporer 100 millions au soleil ?