La France a fait des erreurs avec Assad, pas avec Hariri

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

Chassé-croisé au Moyen Orient. Saad Hariri est de retour à Beyrouth. Et Bachar el Assad rentre de Russie.

Tout à l’heure, le Liban fête son indépendance. Cherchez l’erreur. Où est la souveraineté du Liban ? L’Iran y entretient une armée privée. Israël s’apprête à y revenir. Les Syriens y sont chez eux, hier des militaires, aujourd’hui un million et demi de réfugiés. L’Arabie saoudite choisit le premier ministre, à l’occasion le démissionne et le retient en otage. Et la France le libère, car la France reste la protectrice de son ancien protectorat.
L’indépendance du Liban se réduit à un jour férié.
Cette année, les Libanais vont le fêter doublement, puisque Saad Hariri est rentré exprès. Tout à l’heure, enfin, il dira s’il continue de gouverner. C’est un bien grand mot pour un premier ministre off-shore. Toujours absent.
Si Saad Hariri a autant de gardes du corps, c’est pour l’empêcher de fuir en Suisse.

Aurait-il peur ?

Oui. Les Libanais aussi. Ils redoutent que le pays soit emporté dans les convulsions régionales. Alors, ils espèrent que Saad reste, que rien ne bouge, que la terre tremble mais que leur château de cartes institutionnel reste intact. C’est absurde, c’est la pensée magique. Et le plus surprenant, c’est qu’ils ont raison. Le Proche-Orient défie les lois de l’équilibre.

Par exemple ?

Qui pouvait imaginer que Bachar El Assad soit encore vivant, au pouvoir, en train de prendre le soleil hier au bord de la mer noire avec Poutine, cinq ans et 330 000 morts après le début de la guerre civile ?
Pas les Français en tout cas qui ont fermé l’ambassade dès le début de la guerre (merci Kouchner !), qui ont dit que Bachar ne méritait pas d’être sur terre, (n’est-ce pas Fabius), qui étaient persuadés il y a encore deux ans que les Alaouites ou les Russes allaient s’en débarrasser au couteau ou avec une bombe (bravo Ayrault !).
Aujourd’hui, Bachar el Assad prétend organiser un dialogue national, une réforme constitutionnelle, des élections législatives et Présidentielle. Il en a convenu hier avec Vladimir Poutine à Sotchi. Le Russe a aussitôt prévenu Donald Trump, le roi Salman d’Arabie, le Qatari, la terre entière. Et aujourd’hui, le Kremlin prépare la mise en musique de ce règlement politique avec les présidents iraniens et turcs. C’est prévu la semaine prochaine, à Genève, sous l’égide de l’Onu.
Les Américains se sont résignés à laisser Bachar en place, la France aussi et même la Turquie.
Le tyran a tenu bon. Et l’état syrien aussi, c’est l’autre grande surprise. La Syrie dans ses frontières dessinées à la règle, par le britannique Sykes et le Français Picot. L’état islamique a vécu, l’état kurde ne vivra pas, l’état syrien a survécu. La Balkanisation annoncée, si prévisible, si évidente, n’aura pas lieu comme elle n’a pas eu lieu au Liban ou en Irak.