Kenya : l'élection du président sortant annulée, une grande première

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Au Kenya, il va falloir rejouer l’élection présidentielle. À la stupéfaction générale, la Cour suprême l’a annulée et c’est la reconduction du Président sortant qui est ainsi invalidée.

C’est un coup de théâtre dont toute l’Afrique parle depuis trois jours. C’est une première absolue. Jamais sur le continent, la plus haute juridiction d’un pays n’avait désavoué la réélection d’un président sortant. Début août, les Kenyans ont voté. La Commission électorale a proclamé la victoire d’Uhuru Kenyatta avec 54% des voix, son rival Raila Odinga obtenant à peine 45%. Il a évidemment crié au voleur, c’est un mauvais perdant. Mais la Commission ne l’a pas écouté.

L’étranger non plus d'ailleurs : Emmanuel Macron a félicité sans attendre le président Kenyatta, un dirigeant qui compte, à la tête de la plus riche économie d’Afrique de l’Est. Les missions d’observation du Commonwealth, de l’Union européennes et de la fondation Carter, ont salué un scrutin équitable. C’est dire le choc trois semaines après, quand le président de la Cour suprême rend son jugement, accuse la Commission électorale d’avoir laissé passer des irrégularités et décide qu’il faut retourner aux urnes.

C’est lui le héros dont toute l’Afrique parle…

L’honorable David Maraga, incarne l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, l’état de droit. À 66 ans, c'est un juge à l’anglo-saxonne qui porte toujours une perruque blanche. C’est un ultra-conservateur, un adventiste du septième jour qui ne travaille pas le samedi. Il est injoignable puisqu'il va à la messe. Il n’a pas décidé seul, ils étaient cinq, mais c'est son choix a fait pencher la balance. Evidemment, le président Kenyatta le maudit. Il l’a traité de "wakora", ce qui veut dire escroc et même pire, en langue kiswahili…

Mais ailleurs, dans toutes les capitales africaines, les opposants encensent ce magistrat. Les pouvoirs en place ne sont pas en reste ; c’est à qui applaudira le plus fort. On a ainsi entendu le président de l’Union Africaine, le guinéen Alpha Condé, saluer un juge qui honore l’Afrique… Mais chez Alpha Condé, à Conakry, l’opposition s’étrangle. Elle qui réclame depuis deux ans l’organisation d’élections locales sans cesse reportées…

Au Kenya, que va-t-il se passer ?

La campagne redémarre, elle va durer six semaines. C’est un redoutable compte à rebours, car Raila Odinga, l’éternel opposant, fait des discours incendiaires. Il récuse la commission électorale et parle d’une bande de hyènes. C’est vrai qu’il y a des bordereaux de dépouillement dans de lointaines provinces qui sont arrivées à la capitale sans paraphe.

Il y a aussi quelque chose de bizarre avec le système informatique qui comptabilisait les votes… Le responsable des télécommunications de la commission a été assassiné à la veille du scrutin, après avoir été longtemps torturé. On parle d’un piratage… Mais l’exécutif refuse de changer la composition du conseil, il n’y a plus le temps. Il y a dix ans, la présidentielle s’était terminée avec des chasses à l’homme, entre ethnies, faisant 1.100 morts, 600.000 déplacés. Cela n’a pas découragé le juge Maraga. La justice doit être aveugle.