Fusillade raciste de Macerata : le symptôme d'une Italie en délire

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Les élections en Italie dans un mois pile. L’immigration au cœur de la campagne surtout depuis la fusillade de Macerata le week-end dernier, quand un néonazi a tiré sur les passants d’origine africaine.

La politique italienne semble irrationnelle à nos yeux cartésiens. On reste fasciné devant le revenant Sylvio Berlusconi, tellement maquillé qu’il doit fleurer le formol. Cela fait 20 ans que Beppe Grillo occupe la scène et on ne sait toujours pas s’il est de gauche, d’extrême droite ou comique. Et cette nouvelle réforme du mode de scrutin pour venir à bout de l’instabilité chronique, autant redresser la tour de Pise.

Mais quand même ! Ce qui se passe à Macerata est stupéfiant. Hier, un petit mouvement néofasciste, CasaPound y a fait campagne. Ce soir, c’est un autre, Forza Nuova qui défilera aux flambeaux. Dans ces milieux, Luca Traini, le furieux qui a tiré au hasard sur des Africains est un héros. Son avocat raconte qu’il est accablé de messages de soutien et de promesses de dons.

Remarquez, avec un avocat pareil et le tatouage nazi qu’il porte sur le visage, Traini n’a rien à espérer des juges et tout des psychiatres.

La droite italienne est à l’unisson de l’extrême droite qui est à l’unisson du tireur.

La Ligue du nord dénonce l’invasion migratoire… Le mouvement 5 étoiles promet le rapatriement des clandestins. "Ils sont tous prêts à commettre des délits" prétend Forza Italia et Sylvio Berlusconi a renchéri hier en promettant d’assouplir la loi sur la légitime défense.

En face, la gauche au pouvoir fait profil bas. Aucun ministre ne s’est rendu au chevet des passants blessés. Son problème s’appelle Innocent Oseghale. Il s’appelle Innocent, forcément. C’est le Nigerian sans papier de Macerata qui a découpé en morceaux une jeune droguée, un dealer plusieurs fois condamné et jamais expulsé. Le fait divers a provoqué l’expédition sanglante du tireur…

Avec plus de six cent mille migrants arrivés en quatre ans, l’immigration était déjà au cœur de la campagne. Désormais, le thème central, c’est le renvoi de ceux qui ont été déboutés du droit d’asile. C’est à dire presque tous.

Plus facile à dire qu’à faire.

Les experts, les professores en fatalisme, les médias que le pire exaltent expliquent que c’est impossible. En renvoyant 200 étrangers par jour, ça prendra 15 ans a calculé un sénateur. Cela coûtera une fortune : actuellement, c’est 6.500 euros pour chaque expulsé. Seuls 24 pays ont signé des accords de rapatriement et parfois, ils refusent comme la Tunisie avec un djihadiste qui sortait d’une prison italienne et qui est allé commettre un massacre à Berlin. Bref, les experts démontrent qu’il n’y a rien à faire.

Ils se trompent !

La question est politique, pas seulement technique. Donald Trump rabache qu’il veut un mur à la frontière mexicaine. Le mur n’est pas construit. Mais le nombre de clandestins qui tentent de traverser le rio Grande est tombé de moitié.