Femmes au volant à Ryad : le prince héritier qui soigne sa com !

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

L’été prochain, les Saoudiennes auront le droit de conduire leur voiture. Ainsi en a décidé le roi !

L’Arabie est le seul pays au monde qui porte le nom de ses propriétaires, la famille al Saoud. C’est à peine un pays, plutôt une mosquée flanquée d’un derrick, il n’y a pas de conscience politique, seulement l’Islam et les tribus, c’est le petit empire du Milieu. Mais sur le tout, règne depuis deux ans, le roi Salman qui est plein d’audace, comme son père Ibn Saoud, le fondateur de la dynastie. Quand il était gouverneur de Ryad, Salman a modernisé la capitale qui est passée de 130 000 à 6 millions d’habitants… Depuis deux ans, qu’il est assis sur le trône, il fait la même chose avec le régime. Il a mené deux putschs dynastiques. Il a installé son fils préféré comme prince héritier.

Mohamed fils de Salman, Mohamed Bin Salman, 32 ans. C’est lui qui gouverne ?

Il veut la modernité. Que tout change pour que rien ne change. Il a un plan "Vision 2030". Dans un pays ou le cinéma est interdit, il veut créer des complexes de loisirs. La semaine dernière, pour la fête nationale, les femmes ont même eu le droit d’entrer dans un stade. Dans un pays où la séparation des sexes est partout imposée, on a vu après le feu d’artifice des couples qui dansaient dans la rue. C’est pas le bal des pompiers, ni Las Vegas, mais c’est sans précédent.

Et les prédicateurs et la police des mœurs n’ont pas réagi ?

C’est parce qu’il est tout puissant que le prince peut imposer cette réforme. Ministre de la défense, il mène au Yémen une sale guerre et les ONG dénonce les crimes contre l’humanité. Il a voulu punir le Qatar en lui imposant un blocus, cela fait 100 jours que l’émirat le nargue. Est-ce pour faire taire les critiques ? En tout cas, la semaine dernière, il a jeté aux oubliettes quelques prédicateurs et défenseurs des droits de l’homme. Comme cela personne ne dira qu’il n’y a aucune raison de se réjouir à voir une femme au volant.

Mais la raison de la réforme est aussi économique.

Le calcul est rapide. Dix millions de saoudiennes adultes. Façon de parler, car elles restent des enfants : pour voyager, se faire opérer, il leur faut l’autorisation d’un homme. Pour circuler, il leur faut aussi une voiture, donc un chauffeur. Il y en a un million et demie, des Asiatiques. Salaire moyen : 500 dollars. Ils n’ont aucun droit, ce sont des esclaves mais il faut les nourrir et les loger. Bref, ils coûtent à peu près neuf milliards de dollars par an. Qu’ils envoient aussitôt à la famille aux Philippines ou au Bangladesh. Dans neuf mois, les saoudiennes pourront s’en passer, elles devront même. Et quand elles conduiront, elles pourront prendre un travail. L’objectif, c’est 30% en 2030.
Les femmes au volant, ce n’est pas la fin d’un monde. C’est la fin du gaspillage.