Feche NestanNew : la situation se complique en Tunisie

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Nuit calme en Tunisie, après une semaine d’émeutes. Et week-end sous haute tension : aujourd’hui des sit-in contre la vie chère. Demain, grande réunion des partis politiques et des syndicats. Et dimanche, manifestation pour l’anniversaire de la révolution du Jasmin.

Cela fait sept ans que Ben Ali est tombé. La Tunisie s’est relevée, c’est un modèle sur le plan des libertés, du pluralisme, malgré la menace terroriste qui impose l’état d’urgence, malgré le chaos à côté en Libye.
Mais sur le plan social, c’est comme si le pays restait par terre.
Le mouvement de révolte s’appelle "Feche NestanNew", en dialecte, ça veut dire "qu’est-ce qu’on attend ?". Qu’est-ce qu’on attend pour avoir du travail, 11% d’hommes au chômage, 22% de femmes, 30% de jeunes diplômés. Il faut travailler, pour se loger, se loger pour se marier, vivre enfin, qu’est-ce qu’on attend ! Des Tunisiens perdent patience.

Il y a du désespoir dans cette révolte ?

La révolution tunisienne a été un théâtre d’ombres, elle a donc suscité illusions et frustrations. Et même pire. Comme Mohamed Bouazizi, il y a sept ans, régulièrement des Tunisiens s’immolent pour dénoncer la vie chère. Le mois dernier, une mère de cinq enfants qui venait de perdre l’aide sociale.
On peine à comprendre car on connaît des entrepreneurs qui investissent, des Tunisiens qui innovent dans l’agro-alimentaire ou ailleurs et tout ce dynamisme colle mal avec l’image d’un pays en panne. Mais le modèle économique tunisien est à bout de souffle, le textile et l’industrie bas de gamme sont torpillés par la concurrence asiatique, le tourisme low-cost n’est plus rentable, la dette du pays le plombe, la corruption aussi et les gouvernements successifs naviguent à la godille, sans vision.

Les manifestants refusent les nouvelles taxes, prévues dans le budget 2018.

Le sucre est taxé, fallait pas y toucher, c’est sacré au Maghreb comme la pain chez nous. Mais le reste de la liste fait réfléchir.
Le chocolat et les biscuits ont augmenté de 8%, les produits de beauté de 20%, l’alcool de 28% et les montres de 51%.
C’est un bazar, mais sans produits de première nécessité.
En fait, la réforme frappe l’économie informelle, la contrebande, les trabandistes. Ils mettent de l’huile sur le feu. Les autorités accusent des élus d’extreme gauche d’avoir distribué de l’argent aux émeutiers. Mais on peut servir les intérêts des corrompus et les manigances des partis tunisiens qui préparent les premières élections locales depuis la révolution, qui auront lieu au printemps.
Albert camus, qui vivait en Algérie à côté a écrit : "toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’État". Eh bien, Albert Camus s’est trompé. Après "La Chute", il a écrit "l’Été", mais il a tout ignoré du printemps, des printemps arabes. Car en Tunisie, il n’y a pas eu de renforcement de l’État. C’est même le contraire.