Faut-il croire à la détente que met Kim en scène ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Après les jeux olympiques, la détente continue entre les deux Corées. Un Sommet est prévu. Kim Jong Un se dit prêt à renoncer à ses armes nucléaires et à normaliser ses relations avec les États-Unis si la sécurité du régime est assurée. Donald Trump salue "un progrès possible".
C’est un tournant historique ?
C’est un tournant après le feu d’artifice balistique et nucléaire de l’an dernier et les amabilités qu’échangeaient le petit homme-fusée et le vieux gâteux de la Maison Blanche !
En même temps, avec la Corée du nord, il n’y a que tournants et tourments. C’est une route de montagne, avec des épingles à cheveux qui écoeurent les diplomates et des précipices où se fracassent les promesses.
Il y a déjà eu deux sommets.  
Le premier en l’an 2000. A la clef, un engagement signé à progresser "vers une paix durable et une réunification possible". Avec cela, le Sud-Coréen décroche le Prix Nobel de la paix. Et le Nord-Coréen encaisse en secret 500 millions de dollars. On l’a su après, cela gâche ce bon souvenir.  
Bis-repetita en 2007, et un engagement signé à "promouvoir la prospérité et à poursuivre la dé-nucléarisation de la péninsule". Le Sud Coréen obtient un triomphe en rentrant à la maison. Le Nord Coréen se fait livrer du pétrole.
A chaque fois, les salamalecs durent un an, puis la Corée du nord claque la porte. Elle se veut imprévisible. Elle prend les tournants sans mettre le clignotant. En même temps, elle sait où elle va. Elle suit obstinément son cap depuis un quart de siècle, jamais elle n’a jamais ralenti sa course à la bombe. Les négociations ont été une ruse pour gagner du temps. Le temps que ses ingénieurs achèvent leur mécano nucléaire.
Qu’est-ce qu’il y a de neuf, cette fois-ci ?
Le régime a fait sauter assez de bombes en sous-sol et envoyé tant de missiles par dessus le Japon que Kim Jong Eune n’a plus besoin de bluffer. Il a la dissuasion.
Donc, tout à gagner à discuter, notamment l’allègement des sanctions qui commencent à le gêner.
Il sourit sur les photos, avec sa sœur, en recevant à diner au siège du parti les diplomates envoyés par Séoul. Tellement chaleureux, un conte de fées. On oublierait qu’il a fait assassiner son demi-frère et fusillé l’oncle qui lui a servi de mentor.
Il faut une longue cuillère pour diner avec les Kim.  Et ne pas nourrir trop d’illusions.
Vladimir Poutine a dit que les dirigeants nord coréens mangeraient de l’herbe plutôt que d’abandonner leur programme nucléaire.
Alors à quoi bon en parler ?
Tout le monde y a intérêt. Si vous pensez que le régime nord coréen tient par la terreur, les camps et la mobilisation guerrière de la population. Alors cela vaut le coup de lui proposer la paix, de multiplier les échanges, de favoriser l’ouverture.
Après tout, le mur est tombé, alors que le Pacte de Varsovie avait des milliers d’ogives.
Henry Kissinger disait : l’apaisement mène au délitement.